Un élément du sexe : le sélénium

> > Un élément du sexe : le sélénium ; écrit le: 3 janvier 2012 par tayechi modifié le 3 mars 2015

De nos jours, les jeunes hommes sont censés produire moins de sperme que leurs pères ; les causes supposées vont du mode de vie sédentaire aux perturbateurs endocriniens, mais il existe un élément nécessaire à la fertilité masculine que l’on a tendance à négliger : c’est te sélénium.

Quand un homme manque de sélénium, la qualité de son sperme diminue : ses spermatozoïdes sont moins nombreux et peu mobiles. S’il ne prête pas attention à l’absence de ce nutriment dans son alimentation, il prendra vite conscience de la piètre performance de sa graine lorsqu’il essaiera d’avoir un enfant. En 1993, le chercheur écossais Alan MacPherson avait mis en évidence le lien entre le sélénium et la fertilité masculine. Il rapporta les résultats d’un test en double aveugle dans lequel on administrait des compléments de sélénium à un des deux groupes d’hommes dont on contrôlait le sperme. Les hommes qui avaient pris le placebo continuaient à avoir une faible numération de spermatozoïdes alors que ceux qui avaient pris des pilules de sélénium doublaient déjà le nombre de leurs spermatozoïdes viables.

Les raisons qui font qu’un homme ne peut avoir d’enfant sont nombreuses, mais le sélénium est peut-être devenu une cause car, dans certaines régions du monde, la quantité de cet élément essentiel dans l’alimentation est bien inférieure à l’apport recommandé. Les hommes n’aiment plus manger des morceaux de viande riche en sélénium et en Europe, les hommes ne mangent plus de pain élaboré à partir du blé américain très riche en sélénium.

Jusqu’en 1975, le sélénium n’était pas considéré comme un élément important pour le corps humain. Il était utile pour les photocopieurs et les photo détecteurs, par exemple, mais il était considéré comme assez toxique ; de plus, les hommes exposés au sélénium à leur travail voyaient rapidement leurs amies ou partenaires les éviter. Cet élément peut traverser la peau, puis il est expulsé par les glandes sudoripares ce qui donne au corps une odeur repoussante. Il est aussi absorbé par les poumons, ce qui produit l’haleine la plus infecte qu’il soit possible d’exhaler. Ces hommes avaient peut-être un sperme qui ressemblait à une piscine olympique, mais leurs chances de trouver leur cible étaient pratiquement inexistantes.
Mais, en 1975, on a finalement dû changer de comportement vis-à- vis du sélénium : après tout, le sélénium était un élément essentiel. Yogesh Awasthi, de Galveston, au Texas, a découvert que le sélénium était un des constituants de la glutathion peroxydase, une enzyme antioxydant, qui détruit les peroxydes avant qu’ils ne réagissent pour donner de dangereux radicaux libres. En 1991, le Professeur Dietrich Behne, de l’institut Hahn-Meitner de Berlin a signalé la présence de sélénium dans une autre enzyme, la déiodinase, qui favorise la production d’une hormone dans la glande thyroïde et dans d’autres tissus.

Nous savons maintenant qu’une molécule de glutathion peroxydase contient quatre atomes de sélénium et que, par conséquent, chaque cellule de notre corps contient plus d’un million d’atomes de sélénium. Dans le corps d’un Américain moyen, il y a environ 14 mg1 de sélénium que l’on trouve majoritairement dans les os bien que les concentrations les plus élevées se trouvent dans les cheveux, les reins et les Testicules. Chez l’homme britannique, la quantité est environ deux fois moindre.

Le sélénium est un élément essentiel dont l’apport journalier maximum recommandé est de 0,45 mg, mais nous pouvons en avoir trop. Au-dessus de cette quantité, nous risquons un empoisonnement au sélénium qui s’accompagne de tous ses symptômes répulsifs causés par les composés méthylés du sélénium que l’organisme produit pour se débarrasser lui-même de l’excès indésirable. Voilà le hic ! Une carence en sélénium chez un homme peut entraîner la stérilité, et trop de sélénium en fait un être repoussant. (Une simple dose de 5 g provoquerait de sérieux problèmes de santé.)

L’apport journalier idéal de sélénium est de 0,2 mg c’est-à-dire 200 w/Vrogrammes (le microgramme est l’unité de poids que les nutritionnistes préfèrent utiliser dans ce contexte). Cela semble minuscule mais néanmoins cette infime quantité peut faire défaut dans votre alimentation La quantité de sélénium que nous prenons peut beaucoup varier, et bien que nous ayons une réserve de sélénium dans laquelle notre organisme peut puiser temporairement, à long terme, ce besoin doit être complété par une dose de 50 microgrammes au moins par jour. Si notre apport journalier moyen est inférieur à cela, alors la réserve de’anisme diminuera et notre organisme n’utilisera le sélénium que pour les parties vitales de notre métabolisme, la production d’un bon sperme n’étant pas une priorité.

La plupart des gens ont leur dose journalière de sélénium via les céréales du petit-déjeuner et le pain, mais il existe des sources plus riches en cet élément, comme les noix : par exemple, la noix du Brésil,
particulièrement riche, contient 20 microgrammes de sélénium par noix, mais cela peut être variable. En manger trois par jour devrait facilement fournir le minimum de sélénium nécessaire. Effectivement, une seule noix riche en sélénium par jour pourrait bien suffire à transformer votre régime déficient en un régime suffisant. La noix de cajou a une teneur en sélénium relativement élevée et un sachet de 100 g peut fournir 65 microgrammes de sélénium.

Bien que la concentration de sélénium dans l’eau de mer soit bien faible (0,2 partie par milliards), certains poissons peuvent le concentrer : ainsi, le thon, la morue et le saumon sont assez riches en sélénium. Bien que peu consommés actuellement, les abats, et particulièrement le foie et les rognons, sont aussi de bonnes sources de sélénium. De nos jours, rares sont les hommes qui mangent du foie et du bacon ou un steak et une tourte aux rognons qui ont pourtant bien stimulé les gonades de leurs pères.

Dans l’alimentation américaine, la source la plus probable de sélénium est le pain de blé complet dont quatre tranches en fournissent 60 microgrammes. Tous les produits à base de blé et les céréales du petit-déjeuner contiennent une certaine quantité de sélénium. Les champignons en contiennent aussi un peu : une quantité de 50 g de champignons frits fournirait 5 microgrammes de sélénium sauf s’il s’agit du champignon comestible Albatrellus pescaprae, très populaire en Italie, dont la même quantité en fournirait 1 000 microgrammes. Ces derniers sont sans danger à la consommation car, dans les champignons, la plus grande partie du sélénium n’est pas facilement digérée.
Pour les personnes désireuses d’accroître leur apport en sélénium, mais uniquement à partir de produits naturels, la levure de bière semble la mieux indiquée à condition quelle ait poussé dans un milieu
de culture riche en sélénium. Celles qui souhaitent juste avaler une pilule le matin en trouveront un large choix sur le marché ; ces pilules contiennent généralement de la méthionine de sélénium (voir ci- dessous) ou quelquefois le simple sélénite de sodium (NaSe03) que l’on donne aux animaux dans les régions où les sols sont pauvres en sélénium. Le sélénite de sodium est un matériau cristallin soluble dans l’eau et facilement absorbé par l’organisme, mais certains facteurs comme un taux élevé de graisses et de protéines dans l’alimentation contribueraient à en réduire l’absorption.

Le sélénium a été découvert en 1817 par Jôns Jacob Berzelius (1779- 1849) à Stockholm où il fut Professeur de Chimie et de Médecine. À l’été de cette année, il fut sollicité par une usine située à Gripsholm, dans laquelle il avait investi ; On lui demandait d’étudier un dépôt rouge brun recueilli au fond des cuves utilisées pour la fabrication de l’acide sulfurique. Sa première idée était que le dépôt contenait du tellure, et ce, en raison de la forte odeur de radis qu’il dégageait après chauffage. (Le tellure avait été découvert sous forme d’un minerai de tellurure d’or, une vingtaine d’années auparavant dans une mine de Roumanie.)

Des travaux de recherche ultérieurs ont convaincu Berzelius qu’il ne s’agissait pas du tellure, mais plutôt d’un nouvel élément dont les propriétés chimiques étaient très semblables à celles du tellure. Il le nomma sélénium, mot provenant du grec sélé ne qui signifie « Lune » pour compléter le tellure dont le nom provenait du mot latin, tellus, qui signifie « Terre ». Berzelius remarqua que cet élément se comportait comme le soufre car il se vaporisait par chauffage et se déposait à nouveau sous forme de fleurs sur une surface refroidie. Ils différaient cependant par le fait que les fleurs de soufre sont jaune vif alors que celles du sélénium sont rouges. C’est un élément non métallique. Nous savons maintenant que le soufre, le sélénium et le tellure appartiennent au même groupe de la classification périodique et qu’ils ont donc des propriétés chimiques analogues. Berzelius paya le prix de sa curiosité et de ses recherches : il commençait à dégager une odeur si forte qu’un jour, sa gouvernante l’accusa de manger trop d’ail car il avait haleine trop forte. Il mit même sa vie en danger en respirant du séléniure d’hydrogène (H2Se), un gaz très toxique.

Aujourd’hui, on extrait le sélénium à partir de la boue qui se dépose au fond des cuves où le cuivre est raffiné par la méthode électrochimique. Les principaux pays producteurs sont le Canada, les Etats-Unis, la Bolivie et la Russie alors que les principaux consommateurs sont les États-Unis, l’Europe et le Japon. La production est d’environ 1 500 tonnes par an dont 10 % sont recyclés à partir de déchets industriels ou récupérés à partir de vieux photocopieurs. Le sélénium est un métalloïde qui peut exister sous deux formes : la forme métallique et la forme non métallique. La forme métallique du sélénium a la propriété bizarre de multiplier par mille sa conductivité électrique lorsque sa surface est atteinte par un rayon lumineux. Ce phénomène est à l’origine de la plupart de ses usages, notamment dans les cellules photoélectriques, les luxmètres et les panneaux solaires. Ces utilisations en électronique requièrent un sélénium de haute pureté (à 99,99 %), ce qui absorbe le tiers de la production.

Lentilles de contact

Un jour, des lentilles de contact recouvertes de sélénium feront peut-être leur apparition sur le marché ; L’avantage est qu’on pourrait alors les porter en continu durant plusieurs semaines. Le sélénium agirait de deux
laçons : il protège l’œil des infections bactériennes en produisant de puissants agents oxydants et il empêche les microbes de se fixer sur les lentilles.

L’autre grand secteur d’utilisation est l’industrie du verre où il sert soir pour décolorer le verre soit à la production du verre bronze archi- Kctural qui filtre les rayons du soleil. Le troisième grand domaine «Futilisation est la nourriture et les compléments alimentaires pour animaux, sous forme de sélénite de sodium dont la quantité utilisée s’élève à 250 tonnes par an.

Déficits et excès de sélénium

Le sélénium est un élément rare sur Terre, mais cela n’empêche pas de le trouver en très grandes quantités dans certains sols. La quantité présente dans l’atmosphère est de l’ordre du nano gramme (un mlilliardième de gramme) par mètre cube sous forme de séléniure de méthyle et séléniure de diméthyle émis par des bactéries anaérobies à partir des sols, des lacs et des eaux usées. On réalisa combien tout cela était important en 1989 lorsque la compagnie pétrolière Chevron cessa de rejete rejeter des eaux polluées par du sélénium dans la baie de San Francisco. Chevron les pompait sur une surface marécageuse de 35 hectares spécialement conçue pour traiter ce déchet toxique dont on pensait extraire le sélénium qui y finirait en sédiment. Chose surprenante, lors- «ie les scientifiques de la compagnie traitèrent le dépôt, ils ne trouvèent que la moitié du sélénium escompté. L’autre partie avait été tout simplement ingérée par les microbes, transformée en gaz et dissipée par le vent On estime à 20 000 tonnes la quantité de sélénium mise à l’air libre chaque année, les deux tiers étant dus à l’activité humaine telle que la fusion des métaux et la combustion du charbon. Une grande quantité peut même être bénéfique, tout au moins la partie drainée par les pluies sur des terres pauvres en sélénium. Un sol bien fertilisé durant des années contient environ 400 mg de sélénium par tonne car cet élément est généralement présent dans l’engrais phosphaté largement utilisé, le superphosphate ; ce dernier est fabriqué à partir de l’acide sulfurique (H2S04) qui contient des traces d’acide sélénique (H2Se04). Dans certains sols, on augmente délibérément le taux de sélénium en ajoutant des sels de sélénium.

Dans certaines régions du monde, les sols sont naturellement très riches en sélénium à tel point que les plantes qui y poussent peuvent être toxiques pour les animaux qui broutent, lesquels finissent par avoir la maladie de blindstaggers. Marco Polo (1254-1324), le célèbre voyageur vénitien a observé la manifestation de cette maladie lors de son voyage vers l’Est sur la Route de la Soie en direction de la Chine ; Il a raconté qu’il avait vu des animaux qui se comportaient comme s’ils étaient ivres. Les Grandes Plaines des Etats-Unis sont aussi riches en sélénium et les cow-boys du Far West connaissaient aussi le blind staggers ; Ils pensaient que son origine se trouvait dans l’alimentation des troupeaux qui était constituée d’astragale, également appelée locoweed, de l’espagnol loco qui signifie « dément » et weed, « mauvaise herbe ». Ils avaient vu juste car l’astragale a la capacité d’absorber de grandes quantités de sélénium qui peut constituer plus de 1 % du poids sec de la plante. En 1934, le biochimiste Orville Beath a finalement montré que le blind staggers était dû à un excès de sélénium

Le sélénium n’affecte pas seulement le bétail : la faune sauvage peut aussi en souffrir. En 1983, la Réserve de Kesterson dans la vallée San Joaquin en Californie a été si polluée par le sélénium provenant du drainage de l’agriculture que les petits des gibiers d’eau naissaient avec des malformations alors que certains oiseaux adultes mouraient. On coupa alors le canal de drainage qui alimentait la réserve et on l’assécha.

Un excès de sélénium peut être nocif mais une carence en sélénium peut l’être encore plus. La Chine, particulièrement les régions du Keshan et du Linxian est le pays où existe la plus grande étendue de sols pauvres en sélénium. Le manque de sélénium signifie qu’il n’existe que d’infimes traces de cet élément essentiel dans l’alimentation de ses habitants dont les plus exposés étaient les enfants du Keshan. Ils étaient sujets à une sorte de cardiomyopathie congestive fatale, appelée maladie de Keshan, qui provoque un gonflement anormal du cœur et qui tue près de la moitié des personnes atteintes. On suspecta le manque de sélénium dans l’alimentation d’être à l’origine de cette maladie, et, en 1974, un test à grande échelle impliquant 20 000 enfants fut entrepris. On administra à la moitié des enfants des comprimés contenant du sélénium, alors que l’autre moitié recevait un placebo. Parmi ces derniers, 106 développèrent la maladie de Keshan et 53 décédèrent, alors que dans l’autre groupe qui avait reçu le complément de sélénium, seuls 17 contractèrent la maladie de Keshan, et l’on ne releva qu’un décès.

Une autre expérience à grande échelle, menée au Linxian, a montré qu’un manque de sélénium était un facteur d’incidence élevée du cancer de l’estomac. Un projet quinquennal impliquant 30 000 personnes d’âge moyen a été entrepris : on administra à ces personnes différentes combinaisons de vitamines A, B2, C et E ainsi que du zinc et du sélénium. Cette étude a mis en évidence une diminution remarquable des cas de cancer parmi les personnes qui prenaient simultanément du sélénium et de la vitamine E. L’incidence du manque de sélénium sur la fertilité masculine ne faisait pas partie de l’étude, mais ce n’était pas un problème au moment où la loi interdisait aux couples d’avoir plus d’un enfant. En tout cas, ce manque évident de sélénium dans l’alimentation chinoise ne semble pas avoir constitué un frein à la démographie.

Au Royaume-Uni, les éleveurs donnent depuis longtemps à leurs animaux des suppléments de sélénium afin de les maintenir en bonne santé. En Grande-Bretagne, le sol est pauvre en sélénium car, il y a 10 000 ans, à la fin de la dernière période glaciaire, il a été entraîné des sols par la glace fondue et car, depuis lors, on a enregistré de fortes chutes de pluie.

En 1984, les autorités finlandaises décidèrent de mettre du sélénium dans leurs engrais, car, dans leur pays, l’alimentation moyenne fournissait seulement 25 microgrammes de sélénium par jour, quantité à peine supérieure aux 20 microgrammes nécessaires pour prévenir la maladie de Keshan. L’incidence de la maladie du muscle blanc parmi le bétail, la fréquence des maladies cardiaques et des cancers parmi la population avaient convaincu les autorités qu’il y avait une anomalie. À la suite de la décision gouvernementale, le taux de sélénium des terres cultivées de Finlande est tel que l’apport alimentaire de la population est maintenant supérieur à 90 microgrammes par personne et par jour.

Comme beaucoup d’autres éléments, le sélénium nous place en face d’un dilemme : avoir une alimentation trop riche ou trop pauvre en sélénium générera des problèmes de santé. Selon le type d’aliments consommés, l’apport journalier en sélénium varie entre 6 et 200 microgrammes. Il varie entre 90 et 120 microgrammes chez l’Américain moyen, ce qui est plus que suffisant pour prévenir une carence en sélénium. En Grande Bretagne, cet apport journalier est de 30 à 40 microgrammes, c’est-à-dire bien inférieur à l’apport recommandé qui est de 75 microgrammes pour les hommes et 60 micro-grammes pour les femmes.

Dans l’alimentation, le sélénium existe sous forme de sélénocystéine que l’on trouve dans des aliments tels que les brocolis ou l’ail ou sous forme de sélénométhionine dans la viande ou dans les céréales. La sélénocystéine a un carbone de moins que la sélénométhionine et ne peut pas s’incorporer à une protéine alors que la sélénométhionine peut être incorporée à une protéine et devient moins disponible. Pour ce qui est de la prévention du cancer, la sélénocystéine est censée être plus efficace.

Le sélénium semble jouer un rôle d’antidote contre des toxines métalliques, en particulier le cadmium, le mercure, l’arsenic et le thallium, et il est techniquement connu comme antagoniste de ces métaux. On pense que le thon qui accumule des taux de mercure plus élevés que prévus peut être consommé sans crainte car ce poisson est, en partie, protégé par le sélénium provenant de son alimentation1. Dans les années 1970, il y eut une panique alimentaire aux  États-Unis lorsque l’analyse de boîtes de thon révéla des taux de mercure trop élevés que l’on imputait à la pollution de l’environnement. On ignorait alors l’existence du sélénium dans le thon ainsi que son rôle protecteur. Du jour au lendemain, on fit disparaître les boîtes de thon des étagères des supermarchés et on détruisit des millions de boîtes. Pourtant, l’analyse d’un échantillon de thon datant du XIXe siècle qui avait été conservé dans un présentoir de musée, présentait le même taux de mercure. Le rôle protecteur du sélénium semble réel chez d’autres mammifères marins tels que les phoques, et c’est peut-être aussi grâce au sélénium que les travailleurs des mines de mercure peuvent s’adapter à ce dangereux métal.

Les bienfaits du sélénium sur la santé

En plus de la maladie de Keshan et de la stérilité masculine, d’autres maladies sont aussi considérées comme liées au manque de sélénium : l’hypertension artérielle, le cancer et l’arthrite. La preuve est en grande partie de nature épidémiologique et le sélénium n’est probablement qu’un facteur secondaire, mais dans certains cas, la preuve semble convaincante. Si la cause sous-jacente est due au dommage créé par un radical libre, alors la présence d’une enzyme contenant du sélénium qui le détruirait serait utile. Des tests sur des personnes présentant les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer ont prouvé que le fait d’ajouter du sélénium à leur régime ralentissait la vitesse de progression de la maladie dans la mesure où leur capacité cognitive déclinait moins.

Aux Etats-Unis, une étude sur quatre ans portant sur 1 300 personnes âgées a révélé une diminution de 30 % du nombre de nouveaux cas de cancers du poumon, des intestins et de la prostate parmi les personnes
qui prenaient un complément de sélénium. Cet élément semble nécessaire pour F activation d’un gène responsable de la fabrication d’une substance chimique naturelle qui s’attaque aux tumeurs.

De nos jours, la prise de sélénium (en combinaison avec les vitamines antioxydantes A, C et E) est largement répandue car il est considéré comme un supplément bénéfique pour la santé. C’est Alan Lewis qui a popularisé le premier la thérapie par le sélénium dans son ouvrage publié en 1982 et intitulé : Sélénium : the essential trace element you might not be getting enough of{Le Sélénium : l’oligo-élément essentiel que vous n’absorbez peut-être pas en quantité suffisante). En écrivant cet ouvrage, il était bien en avance sur son temps. Sensibilisée à ce problème par cet ouvrage et par d’autres publications, toute une * industrie » du sélénium a vu le jour pour pourvoir aux besoins de rous ceux qui souhaitaient tirer des bienfaits de cette prise de sélénium. Certains recommandent même de prendre du sélénium « organique » plutôt que du sélénium « minéral » dans le but de stimuler l’apport en acides aminés comportant le sélénium dans leur squelette chimique et en particulier en sélénométhionine. Certains éleveurs produisent des œufs riches en sélénium en nourrissant leurs poules avec des aliments riches en sélénium : effectivement, de tels œufs peuvent contenir plus de 20 microgrammes de sélénium.

La scientifique britannique Margaret Rayman de l’Université de Surrey, membre du Centre de la Nutrition et de la Sécurité Alimentaire, est l’un des principaux experts du sélénium et de son rôle dans le domaine de la santé. Dans l’éditorial du numéro de février 1997 du British Médical Journal, elle écrivait que les maladies les plus associées à de faibles taux de sélénium étaient la stérilité, le cancer et les maladies cardiaques. Rayman signala que, durant les vingt-cinq dernières
années, l’apport journalier en sélénium chez le Britannique moyen a chuté de 60 microgrammes, quantité presque correcte, à 35 microgrammes, quantité insuffisante. En 1999, le Centre britannique de recherche sur le cancer accepta de financer à hauteur de 320 000 euros un projet pilote dirigé par Rayman, et auquel participaient près de 500 volontaires. On espérait qu’il serait suivi d’un autre projet à grande échelle impliquant plus de 10 000 personnes dans une série de tests en double aveugle. Mais, lorsqu’en 2002 le projet global fut soumis, Rayman constata avec consternation que le Conseil Britannique de la Recherche Médicale, principal organisme de financement, ne disposait pas des 9 millions d’euros nécessaires pour mener à bien le projet.

Stimuler le sélénium

D’autres molécules peuvent stimuler l’action du sélénium et l’une d’elles semble avoir un effet particulièrement important : il s’agit du sulfora- phane, un composé que l’on trouve dans la Nature notamment dans les brocolis, le chou, le chou-fleur et les choux de Bruxelles. Le sélénium et le sulforaphane protègent tous deux contre le cancer, mais lorsqu’ils sont tous deux présents, ils exercent un effet anticancéreux beaucoup plus important. Le sulforaphane contient un groupement isothiocyanate et, de ce fait, c’est un antioxydant. Grâce à la collaboration de l’United King- dom’s Institute for Food Research (Institut de Recherche sur l’Alimentation du Royaume-Uni), l’Université des Sciences et de la Technologie de Chine et l’Edinburgh Royal Infirmary (l’hôpital royal d’Edimbourg) en Ecosse, une étude a montré que cette molécule et le sélénium agissent en synergie : Autrement dit, chacun stimule l’activité biologique de l’autre et ensemble, ils stimulent les enzymes de détoxication de l’organisme.

Un sperme de bonne qualité a besoin de sélénium

Aucun homme n’aime à penser qu’il tire à blanc, même si son arme est en état de marche, ce qui, grâce au Viagra, ne devrait plus poser de problème. Alors que la recherche en chimie a trouvé la solution à la DE, elle doit encore proposer un stimulant pour les testicules qui permettrait uniquement la production et l’expulsion d’un sperme de bonne qualité. Néanmoins, cela ne veut pas dire que l’on est impuissant devant la question.

Selon certains chercheurs, dont Alan Mac Pherson, dont nous avons parlé précédemment, une baisse de la numération des spermatozoïdes peut s’expliquer par une diminution de sélénium dans l’alimentation. Il y a une bonne raison de croire en cela car le spermatozoïde a besoin de sélénium pour se développer correctement. Un apport supplémentaire est nécessaire dans le noyau sous forme de glutathioneperoxydase, ainsi que dans la gaine entourant la mitochon- drie. Le sélénium est particulièrement abondant dans la partie centrale du spermatozoïde située entre la tête et la queue où il semble avoir un certain rôle structurel.

Les hommes ayant de faibles taux de sélénium ont tendance à produire beaucoup de spermatozoïdes ayant une mobilité réduite qui pourrait bien être reliée à une carence en sélénium en cet endroit vital. Dans leurs travaux publiés en 1972 dans le Journal of Nutrition, D. B. Brown et R. F. Burk ont mis en évidence le rôle du sélénium dans le spermatozoïde du rat.

On a toute raison de croire que le spermatozoïde de l’homme a tout autant besoin de sélénium que celui du rat. D’autres tests sur le spermatozoïde de la souris, du sanglier et du taureau donnèrent des résultats analogues. Brown et Burk ont injecté à des rats mâles un isotope radioactif du sélénium, le sélénium -75, dont le temps de demi-vie est de 17 semaines. Ils ont pu montrer qu’il apparaissait dans la partie du spermatozoïde située entre la tête et la queue.

Dans une autre expérience, on a élevé sept coquelets en leur donnant une alimentation pauvre en sélénium mais très riche en vitamine E afin de voir si cette dernière pouvait compenser cette carence. Elle le fait effectivement jusqu’à un certain point mais seulement deux des sept coquelets développèrent des testicules adultes, les cinq autres étant stériles. Dans une autre expérience, on a nourri des sangliers avec du mais pauvre en sélénium et une préparation à base de graines de soja spécialement plantés en Chine sur des sols pauvres en sélénium. Ce régime alimentaire comportait seulement 10 parties par milliard de sélénium. Chez la moitié des sangliers, on observa des testicules atrophiés qui produisaient moins de la moitié de la numération habituelle de spermatozoïdes ; de plus, les trois quarts avaient des têtes et des queues mal formées.

Évidemment, les hommes ne sont ni des sangliers, ni même des rats, des taureaux ou des coquelets (bien qu’ils puissent avoir les caractéristiques de certains de ces animaux) et peut-être qu’aucun des résultats de ces recherches ne s’applique aux hommes. Pourtant, il est pratiquement sûr que de telles conclusions sont valables pour l’homme car toutes ces espèces produisent du sperme et il est peu probable que la nature modifie son modèle uniquement pour l’homme.
La stérilité masculine peut, bien sûr, avoir des causes diverses, mais une carence en sélénium expliquerait 10 % des cas. Un test en double aveugle a montré que l’administration de sélinium à des hommes stériles augmentait la probabilité de paternité de 11 %.

Pour les 89 % restant, la cause peut être liée à différents facteurs, dont le mode de vie. À l’Université de Cornell, aux États-Unis, Institutes for Reproductive Medecine (l’institut de médecine reproductive) donne des recommandations aux hommes stériles : éviter les bains chauds et les saunas, limiter la consommation de café à deux tasses par jour, ne pas fumer, ne pas consommer de drogues récréatives, telle la marijuana, ne pas consommer plus de 60 g d’alcool par semaine (Téquivalent de trois pintes de bière ou de six verres de vin), manger beaucoup de fruits et légumes frais et faire régulièrement de l’exercice. Us signalent également que les vitamines C et E peuvent aider à améliorer la fertilité, le but étant de maintenir une quantité importante «Tanti-oxydants car les radicaux libres détruisent la membrane entou- nnt un spermatozoïde ; en effet, on a montré que les hommes stériles oot généralement un taux important de radicaux libres dans le sperme. Le zinc peut également jouer un rôle car son taux dans le sperme est eîevé et les enzymes contenant du zinc sont importantes pour la ferti- faé. On recommande aussi un apport alimentaire journalier de 200 microgrammes de sélénium.

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Une réponse pour "Un élément du sexe : le sélénium"

  1. savonarola  16 février 2014 at 23 h 05 min

    ou peut on trouver du sélénium en complément alimentaire? et non en alimentation.merci.

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