Le vieillissement de la mémoire : Comment le psychologue étudie-t-il la mémoire ?

> > Le vieillissement de la mémoire : Comment le psychologue étudie-t-il la mémoire ? ; écrit le: 25 février 2012 par azza modifié le 24 février 2015

Le vieillissement de la mémoire : Comment le psychologue étudie-t-il la mémoire ?

Comme toutes les fonctions psychologiques, la mémoire n’est pas un objet d’étude qui est observé directement par le chercheur. C’est en fait en la faisant fonctionner dans des situations contrôlées que l’on parvient à inférer son organisation. Il convient plus de parler d’activités mnésiques à cet égard.

On propose au sujet d’apprendre une série d’informations (phase d’acquisition) puis, après un délai temporel (phase d’élaboration), il lui est demandé de se rappeler le maximum d’informations (phase de récupération). Afin de révéler les processus utilisés par le sujet pour mémoriser, le chercheur manipule des variables qui peuvent agir au niveau de chacune des phases.

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 La phase d’acquisition

Au niveau de cette phase, on peut agir sur les variables suivantes :

–      les modalités sensorielles : l’information peut être visuelle, auditive, olfac­tive, gustative ou kinesthésique ;

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–      la vitesse de présentation des informations ;

–      la quantité d’informations ;

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–      la structure des informations : elles peuvent être contenues dans un texte ou présentées sous forme d’une liste sans structure donnée ;

–      le moment de la journée.

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La phase d’élaboration

Au niveau de la phase d’élaboration, on peut agir sur les variables suivantes :

–      le délai temporel : on peut demander au sujet de se rappeler les informations immédiatement après la fin de la phase d’acquisition ou après un délai plus ou moins long ;

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–      l’utilisation ou non d’une tâche interférente : entre la phase d’acquisition et celle de récupération, on peut demander au sujet de réaliser une tâche qui peut faciliter ou parasiter l’élaboration du souvenir.

 La phase de récupération

La phase de récupération peut aussi faire l’objet de nombreuses manipulations expérimentales. Il y a en fait de multiples façons de demander à une personne de se rappeler quelque chose. Elles peuvent se regrouper dans deux catégories de mesures ou de tests de la mémoire : les mesures explicites ou directes et les mesures implicites ou indirectes. Selon Graf et Schacter (1985), la mémoire implicite apparaît quand la performance d’un sujet est facilitée en l’absence de souvenir conscient, alors que la mémoire explicite apparaît quand la performance à une tâche exige le souvenir conscient des événements préalables. La mémoire explicite se réfère donc à une récupération intentionnelle alors que la mémoire implicite se rapporte à la récupération non intentionnelle de l’information.

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Les tests directs ou explicites les plus couramment utilisés sont au nombre de trois. Le premier consiste tout simplement à demander au sujet de retrouver le maximum des informations présentées durant la phase ¿’acquisition, sans lui fournir aucune aide. Ce test est dit de rappel libre. Mais on peut aussi aider la personne. Par exemple, après lui avoir demandé dans la phase d’acquisition de stocker le maximum de mots dans une liste, on lui fournit une liste de mots qui contient ceux de la phase d’acquisition auxquels on en a rajouté un certain nombre. Le sujet doit retrouver dans cette liste élargie les mots présentés lors de la phase d’acquisition. Ce test est dit de reconnaissance. On peut enfin aider le sujet en lui fournissant des indices de récupération. Le paradigme expérimental de Tulving et Pearlstone (1966) illustre cette méthode. On demande à des sujets de mémoriser une liste de mots (phase d’acquisition) qui appartiennent à différentes catégories sémantiques (animaux, meubles, par exemple). Durant la phase d’acquisition, les mots sont présentés en couples avec le nom de leur catégorie. Au rappel, on fournit alors les noms des catégories et le sujet doit retrouver le maximum de mots. Ce test est dit de rappel indicé.

Dans les trois situations décrites (rappel libre, reconnaissance, rappel indicé), le sujet réalise consciemment une tâche de récupération d’informations en mémoire. A ce titre, on dira qu’il s’agit de mesures directes de la mémoire.

Les tests implicites indirects regroupent divers types d’épreuves, leur nombre est potentiellement illimité (Perruchet, 1988)*. Depuis quelques années, ils ont fait l’objet de nombreuses recherches qui ont beaucoup amélioré notre connaissance de la mémoire et de son vieillissement. Nous ne présenterons que quelques-uns des tests parmi les plus utilisés. Ils sont tous

construits selon la même logique, en deux phases. Un des plus anciens est celui de la présentation subliminale (Dixon, 1971). Par exemple, Kunst- Wilson et Zajonc (1980) ont montré que lorsque l’on présente à de sujets, lors de la première phase, des formes géométriques pendant une millise­conde, ce qui représente un temps trop bref (subliminal) pour que l’image soit détectée, ils témoignent ensuite, lors de la seconde phase, d’une préférence pour les formes qui leur ont été présentées de façon subliminale durant la première phase, aux formes nouvelles. Lors de la deuxième phase le temps de présentation est normal. Il faut souligner que les sujets sont incapables de reconnaître (à travers un test de reconnaissance) les formes présentées durant la première phase. Il y a donc une information mémorisée qui agit inconsciemment sur l’activité mnésique du sujet.

Historiquement, Storms (1958) rapporta le premier que l’étude préalable d’une liste de mots augmentait la fréquence (par rapport au hasard) avec laquelle ces mots étaient produits ultérieurement lors d’un test d’association libre. Storms appela ce phénomène «effet de récence» car il est éphémère. Il n’augmente que temporairement la force d’une association. Segal et Cofer (1960) l’appelèrent «effet d’amorçage» (priming ejfect), concept désormais consacré.

On distingue actuellement l’amorçage direct ou priming de répétition et l’amorçage indirect ou priming sémantique. Dans une situation d’amorçage direct classique (Clifton, 1966), on présente au sujet un mot cible B préalablement au test d’association, ce qui accroît la force associative d’une paire de mots A-B et donc la probabilité pour que ces mots soient produits ultérieurement lorsque les mots A sont donnés par l’expérimentateur. Dans une situation d’amorçage indirect, les mots «amorces» sont associés à la réponse désirée, mais le mot réponse n’est pas lui-même présenté (Howes et Osgood, 1954). Il s’agit d’un accroissement de la fréquence d’une classe de réponses. Les paradigmes d’amorçage direct sont surtout utilisés par les chercheurs intéressés par l’étude de la structure associative de la mémoire.

Les paradigmes d’amorçage direct furent très développés à partir des années soixante-dix. Nous présenterons les plus utilisés, à savoir ceux de I décision lexicale, de complètement de tri grammes, d’identification perceptive et de clarification perceptive.

Dans le paradigme de décision lexicale classique (Meyer et Schvaneveldt, 1971, 1976), on présente d’abord au sujet des mots qu’il doit étudier sans lui  dire qu’il s’agit d’une tâche de mémoire. Il s’agit de l’effet d’amorçage direct. La phase test consiste en une présentation de séries de lettres. Le sujet | doit indiquer si les séries forment un mot. L’analyse des temps des réponses  montre que les temps sont diminués pour les séries correspondant aux mots I présentés lors de la première phase. Dans le paradigme de complètement de | trigrammes, on présente au sujet des mots cibles qu’il doit étudier sans qu’il i soit question de mémorisation. Ensuite, lors de la phase test, on lui présente

des séries de trois lettres (trigrammes) qui sont les trois premières lettres d’un mot que le sujet doit découvrir. Les trigrammes correspondant aux mots étudiés précédemment (amorçage direct) sont trouvés plus rapidement. Un test de reconnaissance ne révèle pas une supériorité des mots cibles. Dans le paradigme d’ identification perceptive (Winnick et Daniel, 1970), on présente d’abord au sujet un ensemble d’items cible (par exemple des mots) à étudier sans référence à la mémoire. Durant la phase test, on présente au tachistoscope (matériel qui permet de contrôler très précisément les temps de présentation des stimuli) les items cibles mélangés avec de nouveaux items. Les temps pour l’identification sont inférieurs pour les items étudiés auparavant (amorçage direct). Dans le paradigme de clarification perceptive (Perruchet et Baveux, 1989), les items cibles sont d’abord présentés sur ordinateur mais de manière à ce que les sujets éprouvent des difficultés perceptives (temps court de présentation, masquage) pour les identifier. Le matériel devient de plus en plus perceptible, souvent grâce à un masquage de moins en moins important (clarification perceptive). Durant la phase test, les items cibles sont présentés avec des items nouveaux dans une situation d’identification difficile. Les taux d’identification sont supérieurs pour les items cibles.

Dans ces quatre paradigmes le sujet n’a pas connaissance du but réel de l’expérience. Il ne doit pas établir de liens entre les deux phases. Il s’agit donc d’une mesure indirecte de la mémoire.

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