Plaisir et déplaisir

> > Plaisir et déplaisir ; écrit le: 25 février 2014 par Hela modifié le 26 février 2015

Plaisir et déplaisir

Si on offrait le choix entre une porte qui mène au plaisir et une autre qui mène au déplaisir, pourquoi la plupart des êtres humains se précipiteraient-ils vers celle du déplaisir, tout en ayant l’illusion d’aller vers celle du plai­sir ? Le projet de plaisir ne tient pas, comme le vivent si souvent ceux qui adhèrent aux promesses des sites de ren­contres. Pourquoi ce choix vers le déplaisir, pour autant on puisse utiliser le terme « choix » à propos de quel­que chose qui se joue inconsciemment ? Y aurait-il une dichotomie entre ce qui fait notre satisfaction au niveau conscient et ce qui se joue au niveau inconscient ? Y aurait-il une tendance inconsciente à trouver une satisfac- lion paradoxale dans l’insatisfaction, un plaisir dans le déplaisir ?

C’est cette même question qui a amené Freud à considérer un au-delà du principe de plaisir. La vie psychi­que ne repose pas sur un simple principe de plaisir orienté par un maintien physiologique d’une homéostasie, réglant le retour vers un état d’équilibre, comme Freud le pensait au début de son œuvre, avant que les butées et les impasses de la clinique lui révèlent cet au-delà. L’idée d’un principe de plaisir régissant la vie psychique passe pour Freud par la ( lécharge de ce qu’il désignait comme un trop-plein d’excita- l ion, à la source du déplaisir. Le principe de plaisir était ainsi pour lui ce qu’on pourrait désigner aujourd’hui comme un principe d’homéostasie. Lacan aussi au début de son Séminaire concevait le cerveau comme un organe d’homéostat.La clinique et ce qui se manifeste dans la civilisation amè­nent à constater l’insuffisance du seul principe de plaisir.

Freud pose un au-delà du principe de plaisir qui ne cesse d’aller contre le bien de chacun. Cet au-delà parasite la vie psychique. Il est caractérisé par l’excès, l’insatisfac­tion, la recherche compulsive d’un supposé plaisir qui peut se révéler être un déplaisir, qui se manifeste sous forme d’un malaise, individuel ou collectif, qui envahit toute la scène. Freud poussera cette tendance à aller contre son bien jusqu’à postuler une pulsion de mort qu’il découvrira au bout de l’au-delà du principe de plaisir4. Pour désigner cet envahissement antinomique au plaisir visé, Lacan, lui, proposera le terme de jouissance : la jouissance comme ce qui contraint l’individu au-delà de ses buts conscients qu’il suppose suivre le principe de plai­sir. La jouissance passe par l’excès, résulte de l’excès, pro­duit l’excès ; elle est antinomique au plaisir.

Ces différents constats peuvent être ramenés à une simple question, qui reviendra tout au long de notre livre  comment se fait-il que ce qui fonctionne pour les régula­tions physiologiques du corps se trouve être si dysfonctionnel dans la vie psychique ? Ne serait-il pas entré dans le programme de l’homme d’être heureux, comme l’écrit Freud dans Malaise dans la civilisation ? Serait-ce une spécificité de l’homme que d’être, parmi les vivants, celui qui a perdu son mode d’emploi ?

Vidéo: Plaisir et déplaisir

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