L’alcool

> > L’alcool ; écrit le: 29 février 2012 par Mahfoudhi

L’alcool ne réchauffe

Croyance fausse, mais fortement ancrée dans certains milieux professionnels, en particulier ceux où l’on fait un travail physique pénible, dans le bâtiment par exemple, les métiers où l’on est potentiellement exposé aux intempéries. Le « petit coup pour se réchauffer », « se requinquer », ou se « donner un coup de fouet » a la vie dure ! Et pourtant l’alcool ne réchauffe pas, au contraire, il refroidit ! En effet, la sensation de chaleur consécutive à sa consommation (surtout si c’est un alcool fort) tient à ce que le sang est envoyé à la périphérie du corps (d’où le nez rouge dont la caricature affuble les personnes ivres, ou la couperose des alcooliques chroniques). Or ce qui est envoyé à la périphérie, selon le vieux principe des vases communicants, dessert moins les organes internes, qui voient leur irrigation et leur température diminuer ! De fait, malgré une sensation de chaleur immédiate, le corps lutte moins bien contre le froid et se trouve fragilisé par cette consommation.

Est-ce que c’est mieux boire une bière qu’un whisky ?

C’est une croyance tenace ! On a souvent l’impression que les alcools forts sont plus dangereux, car on est ivre avec une quantité de boisson moindre dans le verre. En fait, si l’on se réfère aux consommations standard, c’est-à-dire telles qu’elles sont servies dans un café, la quantité d’alcool est à très peu de chose près la même dans toutes les boissons alcoolisées. Il suffit de s’amuser à faire des règles de trois pour le constater : un demi de 25 centilitres de bière titrant environ 5° (c’est-à-dire 5 % d’alcool pur) contient la même quantité d’alcool qu’une eau-de-vie qui titre 50° mais dont on vous sert 2,5 centilitres ! Il ne faut donc pas se laisser abuser par l’impression de danger que donne le titrage en alcool, qui fait apparaître moins dangereuses d’autres consommations réputées moins fortes.

De la même façon, il faut rappeler que c’est la quantité d’alcool ingérée qui est toxique, quelle que soit la quantité d’eau ajoutée : qu’il soit bu pur ou « noyé » par une grande quantité d’eau, un apéritif anisé contient toujours autant d’alcool !

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Pour savoir si l’on est en danger avec sa consommation d’alcool, inutile donc de tenir compte de la nature de la boisson, seul le nombre de verres compte.

Mais attention ! Lorsqu’on boit principalement chez soi ou chez des amis, les doses d’alcool servies sont souvent sensiblement supérieures à celles servies dans un bar. C’est particulièrement vrai pour les alcools forts, les verres servis pouvant contenir deux à trois fois la dose standard. Il faut en tenir compte lorsqu’on tente d’évaluer sa consommation.

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Quant au taux d’alcoolémie (c’est-à-dire la quantité d’alcool en circulation dans l’organisme), il varie à consommation égale en fonction du sexe (le taux d’alcoolémie est 20 % supérieur chez une femme), du poids et des circonstances de consommation (le taux d’alcoolémie est plus élevé si l’on est à jeun). Le plus sûr, si l’on doit être vigilant et conduire par exemple, et si l’on ne veut pas jouer de sa calculette pendant tout un dîner, est de ne pas boire…

Le vin n’est pas un aliment et on doit pas différencié des autres alcools

Ce discours sur le vin/aliment a une origine purement économique : il survient dans un contexte de diminution régulière de la consommation de vin depuis les années 1960, et après que des campagnes de publicité pour quelques appellations nationales ont été censurées au titre de la loi Évin (qui réglemente entre autres la publicité pour le tabac et l’alcool). En effet, cette diminution de la consommation s’est accélérée du fait des mesures prises en faveur de la sécurité routière (on boit moins… mais on meurt moins sur les routes). Les viticulteurs ont de plus à faire face à la concurrence des vins étrangers et à une évolution des comportements, qui conduit à boire moins mais des produits de meilleure qualité, ou à se diriger vers d’autres alcools (bières, alcools forts). Ils souhaitent donc pouvoir recourir à la publicité afin… de faire boire plus de vin, même si ce n’est pas dit exactement comme ça ! Et pour le faire sans tomber sous le coup de la loi, et sans sembler se moquer de la santé publique, l’astuce proposée est de communiquer sur le vin en tant qu’aliment, et non en tant que boisson alcoolisée. De nombreux parlementaires de régions viticoles sont prêts, toutes tendances confondues, à leur emboîter le pas, relayant à coup d’arguments non scientifiques cette croyance fausse que les problèmes liés à l’alcool seraient causés par les alcools forts et non par le vin.

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Pour autant, faut-il prêcher l’abstinence ? Non, la modération suffit, et il faut là comme ailleurs se détourner de tous les intégrismes. D’ailleurs, les alcoologues ne recommandent l’abstinence que pour les personnes dépendantes qui ne peuvent gérer leur consommation.

Mais le vin, s’il appartient à notre culture, n’en est pas moins un produit qui a des vertus psychoactives et toxiques dont il convient d’informer ses utilisateurs. Sa consommation doit faire, comme pour d’autres substances, l’objet d’une prévention détournant des abus.

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Dans les pays ayant des interdictions de publicité pour l’alcool et le tabac, des études montrent que l’entrée dans la consommation commence plus tard et que la consommation globale est plus faible. Si la publicité montre aux enfants et aux adolescents les facettes attractives de la consommation d’alcool, les messages de prévention évoquant les risques pour la santé seront facilement éclipsés.

L’alcool contenu dans le vin est le même que celui contenu dans la bière ou dans le whisky, et il doit être de la même façon déconseillé aux femmes enceintes, aux conducteurs, etc. Si l’on veut que des jeunes entrant dans la vie puissent se repérer dans le maquis des substances psychoactives à leur disposition, ne brouillons pas les cartes, et ne laissons pas croire que le vin serait un aliment et la bière, de l’alcool… Les adultes risqueraient d’y perdre encore en crédibilité !

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Le vin est un médicament, il ne faut pas  boire régulièrement

Plusieurs études émanant de laboratoires et d’équipes, souvent situés dans des régions viticoles, ont permis de communiquer très largement sur le facteur de protection que constituerait la consommation quotidienne de vin : une consommation modérée d’alcool, comprise entre LO et 30 g/jour (un à trois verres de vin par jour), aurait un effet protecteur sur le système cardio-vasculaire. Il faut souligner les limites de cette assertion, qui concerne en fait tous les alcools, pas seulement le vin (des travaux ont par exemple montré dans des régions productrices de houblon que la bière exerçait la même protection…), mais qui ne dit rien sur les cancers… D’autre part, cette protection ne concerne qu’un faible pourcentage de la population, 15 % environ, pour des raisons génétiques, et cette consommation n’aurait d’éventuels effets bénéfiques qu’après 50 ans…

Mais surtout, cet effet protecteur disparaîtrait chez les forts buveurs ou chez les personnes qui présentent des ivresses épisodiques, et cette même consommation modérée d’alcool est associée à une augmentation de la mortalité par d’autres causes.

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Tout cela est donc assez peu convaincant et la consommation d’alcool doit, en tout état de cause, rester constamment faible. Prenons garde à ce que l’hypothétique protection de certains organes ne contribue à l’altération certaine d’autres !

Ces études sont utilisées à des fins essentiellement commerciales, visant à associer de façon fallacieuse la notion de vin à celle de protection. Certains ouvrages, qui proposent, sans aucun fondement scientifique, de se soigner par le vin, relèvent de la même démarche : associer le vin à l’idée de santé et en favoriser ainsi la consommation. Or, favoriser la consommation de vin, a fortiori la promouvoir, revient toujours à augmenter la mortalité dans l’ensemble de la population. Ainsi, selon le Centre national de recherche sur la santé de Finlande, la baisse des taxes dans ce pays, liée à l’entrée de l’Estonie voisine dans l’Union européenne, devrait conduire à une progression de 20 % de la mortalité liée à l’alcool.

Les cimetières sont pleins d’anciens « bons vivants » !

Vidéo : L’alcool

Vidéo démonstrative pour tout savoir sur : L’alcool

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