Les intoxications

> > Les intoxications ; écrit le: 15 mai 2012 par Samouha modifié le 24 février 2015

Tout produit toxique avalé ou inhalé conduit à un empoisonnement. Les agents responsables sont multiples ; on peut s’intoxiquer accidentellement avec un aliment, un médicament, de l’oxyde de carbone, un produit ménager ou industriel ou encore des plantes. Ce sont les plus jeunes qui sont en ligne de mire des intoxications ; 50 % d’entre elles touchent les enfants de moins de 5 ans ; elles viennent au deuxième rang des accidents domestiques, après les traumatismes, et représentent environ 1/4 des hospitalisations en pédiatrie. La gravité est très variable. Elle dépend de la toxicité du produit en cause, du mode d’introduction, de la dose absorbée, de la résistance et de l’âge de la victime. La mortalité due aux intoxications est actuellement inférieure à 1 % chez l’adulte et à 0,5 % chez l’enfant.

Les intoxications médicamenteuses

Elles font des ravages aussi bien chez les enfants que chez leurs aînés. Chez l’adulte, l’intoxication médicamenteuse résulte d’une surconsommation, d’une confusion ou d’une association hasardeuse de plusieurs médicaments, alors que chez l’enfant, c’est le surdosage qui est en cause. Il avale un médicament normalement destiné à ses parents ou à ses grands-parents et donc trop fortement dosé.

Dans la grande majorité des cas, ces empoisonnements nécessitent une hospitalisation. Les médicaments impliqués sont par ordre de décroissance : les benzodiazépines, les analgésiques, les antidépresseurs, les barbituriques, les divers psychotropes et les médicaments utilisés contre les troubles cardiaques.

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Chaque grande famille de médicaments entraînent des troubles spécifiques.

Les antidépresseurs provoquent des convulsions, des troubles cardiaques et de la conscience. Chez l’enfant, ils peuvent entraîner un arrêt cardiaque.

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Les tranquillisants et les barbituriques sont responsables d’un tiers des intoxications de l’enfant. Selon leur composition chimique, ils sont plus ou moins dangereux, et provoquent des comas.L’ingestion de tels produits demande une hospitalisation en urgence.

Les analgésiques : l’aspirine est à l’origine de troubles respiratoires, digestifs et de la coagulation avec un risque d’hémorragie. La dose toxique de l’aspirine est de 50 mg/kg chez l’enfant ; à haute dose, elle peut entraîner un coma. Le paracétamol atteint le foie, les anti-inflammatoires peuvent, pour la plupart, donner lieu à des hémorragies digestives. La morphine et ses dérivés provoquent une dépression respiratoire.

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Les digitaliques, médicaments pour le cœur, sont responsables de graves troubles du rythme cardiaque. Ils nécessitent une hospitalisation en urgence.

Les bons gestes

Gardez votre calme et n’entreprenez aucun geste avant un avis médical. Contentez-vous d’allonger la victime et si elle est inconsciente, placez-la sur le côté, en position latérale de sécurité.

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Alertez le SAMU ou le centre antipoison régional  qui vous interrogera sur le médicament responsable, la quantité probable avalée, l’heure de l’intoxication et du dernier repas. Précisez l’âge de la victime et son poids (s’il s’agit d’un enfant), et son état (troubles de la conscience, vomissements, douleurs abdominales, difficultés respiratoires…). En fonction de ces données, votre interlocuteur vous conseillera.

Si la victime ne présente pas encore de trouble, mais que les médicaments avalés présentent un danger potentiel, on vous
demandera d’emmener la victime rapidement à l’hôpital afin de vider le contenu de l’estomac et d’administrer du charbon médicinal (qui absorbe les toxiques).

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Si le médicament est très dangereux et rapidement absorbé par l’appareil digestif, et si la victime est consciente, le médecin pourra vous demander de la faire vomir. Si c’est un enfant, penchez-le en

avant et introduisez une manche de cuillère au fond de la gorge ou vos deux doigts. Pendant ce temps, une équipe médicalisée sera déclenchée et viendra à votre domicile, avant l’hospitalisation de la victime.

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Dans de rares cas, la victime est inconsciente ou présente des troubles cardio-respiratoires. Dans l’attente des secours, mettez le malade en position latérale de sécurité et surveillez sa respiration et son pouls. Tenez-vous prêt à effectuer le bouche-à-bouche ou le massage cardiaque externe.

L’intoxication par l’oxyde de carbone

L’oxyde de carbone est la première cause de mortalité par toxique en France. Il occasionne 8 000 intoxications par an dont 400 s’avèrent mortelles. L’oxyde de carbone est un gaz produit lors de la combustion incomplète et dans de mauvaises conditions, de pro¬duits tels que le charbon, le gaz naturel, le bois ou le fuel. Il peut être émis par un chauffe-eau qui fonctionne mal ou qui n’est pas raccordé à un conduit de fumée, par une chaudière encrassée ou qui marche au ralenti, ou encore par un de ces petits chauffages d’appoint au butane utilisés dans une atmosphère confinée. Les intoxications se produisent toujours dans une pièce fermée dont les conduits d’aération ou d’évacuation sont bouchés.

L’oxyde de carbone est très toxique car il se lie au sang et l’empêche de transporter l’oxygène entre l’appareil respiratoire et les cellules de l’organisme. Cela provoque une asphyxie progressive. Si la personne n’est pas secourue à temps, l’intoxication peut entraîner des lésions cérébrales irréversibles importantes voire la mort.

Il est toujours difficile de détecter l’émanation d’oxyde de carbone car il est incolore et indolore. Les signes ne sont pas non plus faciles à mettre en évidence, car les symptômes sont très variables. Toutefois, si en rentrant chez vous, vous êtes pris de maux de tête, de vertiges, de nausées et de troubles digestifs inexplicables, pensez toujours à cette éventualité. D’autres signes peuvent apparaître : douleurs cardiaques, jambes flageolantes, troubles du comporte¬ment tels que délires survenant de manière brutale.

Si vous devez secourir un intoxiqué probable à l’oxyde de carbone, il faut toujours se protéger soi-même préalablement pour éviter d’être empoisonné à son tour.

Les bons gestes

Alertez les pompiers (le 18) ou le SAMU .

Ouvrez grand les fenêtres.Fermez l’arrivée de gaz et le compteur électrique.

Protégez-vous en appliquant un linge épais contre votre bouche et votre nez.

Tirez le blessé hors du local par les pieds.

Évitez-lui tout mouvement qui pourrait aggraver son manque d’oxygène.

Selon l’état de la victime, placez-la en position latérale de sécurité, pratiquez le bouche-à-bouche ou la réanimation cardio-respiratoire.

Les intoxications par les produits ménagers

Elles se rencontrent surtout chez les enfants (15 000 cas annuels) mais aussi chez les adultes, la victime type étant celle qui, croyant se désaltérer en buvant au goulot de l’eau minérale, avale une grande gorgée d’eau de Javel. Tous les produits ménagers sont potentiellement toxiques. Leur gravité dépend essentiellement du caractère caustique du produit, heureusement minoritaire.

On peut ainsi distinguer deux grandes catégories de produits.

Les substances simplement irritantes pour le tube digestif entraînent des douleurs de l’abdomen, parfois des diarrhées. En tête de liste : l’eau de Javel, l’intoxication la plus fréquente (voir page 125 Votre enfant a avalé de Veau de Javel) ; les produits de vaisselle ou de lessive, qui du fait de leur caractère moussant peuvent provoquer une asphyxie.

Les substances caustiques provoquent des brûlures graves de la bouche, de la gorge et de l’œsophage.
Pour plus de clarté, voici une liste de produits contenant de la soude caustique, à mettre absolument hors de la portée des enfants :

  •  déboucheurs de canalisation contenant jusqu’à 30 % de soude caustique ;
  •   produits décapants pour le four (4 % de soude) ;
  •  détartrants acides pour les sanitaires ;
  •  eau de Javel concentrée à 48° chlorométrique et l’eau de Javel à laquelle ont été ajoutés des agents nettoyants ;
  • poudre ou gel de lavage pour machine à laver la vaisselle ;
  • potasse antirouille pour le linge comme le Rubigine ;
  • ammoniaque.

Attention également aux produits industriels à usage domestique, qu’il s’agisse d’essence de térébenthine ou de dérivés pétroliers comme le white-spirit, des détachants (Eau Ecarlate), ou encore de la naphtaline qui, en plus des brûlures qu’ils entraînent dans la bouche et les voies digestives, exposent la victime à de sévères troubles neurologiques et à des convulsions.

Les signes indiquant l’ingestion varient selon les toxiques mais en règle générale, manque d’équilibre, vomissements, diarrhées, somnolence, convulsion, douleurs doivent vous alerter et vous conduire à rechercher le poison avalé. Quelle que soit la nature du produit et la quantité absorbée, il ne faut rien faire et ne rien donner par la bouche :

  • pas d’eau, car elle peut entraîner le produit plus en aval ou dissoudrait la poudre de lessive ou les paillettes et du même coup ferait mousser le produit avec un risque d’asphyxie ;
  • pas de lait : contrairement à l’idée préconçue, le lait n’est pas un contrepoison. Il s’avère même contre-indiqué car il ralentit le passage du produit dans le tube digestif et augmente la quantité du toxique absorbée ;
  • pas de vomissement provoqué, car le produit risquerait de créer de nouvelles brûlures en faisant le chemin inverse ;
  •  pas de médicament qui masquerait l’examen des lésions lors d’une radiographie effectuée à l’hôpital. Proscrivez en particulier les pansements gastriques, totalement inefficaces.

Les bons gestes

Allongez la victime, ou, si elle est inconsciente, mettez-la en position latérale de sécurité.

Téléphonez au centre antipoison régional ou au SAMU en vous munissant du flacon et en précisant :

  •  le nom du produit ;
  •   l’heure à laquelle la victime a absorbé le produit ;
  • la quantité probablement absorbée ;
  • l’heure de son dernier repas ;
  • l’âge et le poids si c’est un enfant ;
  • l’état de la victime : perte de connaissance, convulsions, difficultés respiratoires, rougeur, vomissement, tachycardie.

Emmenez la victime dans un service O.R.L. d’urgence. La victime subira probablement une œsophagoscopie ou une fibroscopie œsophagienne sous anesthésie générale pour voir l’étendue des brûlures.
Si la personne présente des difficultés pour respirer, faites appel directement au SAMU ou aux pompiers. Une équipe médicalisée interviendra à votre domicile. Tenez-vous prêt à pratiquer le bouche-à-bouche et le massage cardiaque externe.

Les intoxications par les plantes et les champignons

Si les végétaux sont à l’origine de nombreux médicaments, ils entrent également dans la composition de nombreux poisons. La grande majorité de ces intoxications résulte de la confusion et de la méconnaissance des espèces végétales alors que les enfants avalent du houx ou du troène croyant qu’il s’agit de groseilles ou de myrtilles. Leurs aînés ramassent des lépiotes brunes, pensant avoir découvert des coulemelles.

 Les plantes

Les plantes possèdent des principes actifs utilisés depuis long-temps par l’industrie pharmaceutique. Ainsi, par exemple, l’atropine, issue de la belladone est un bon antispasmodique ; la digitaline, extraite de la digitale est un tonique cardiaque connu de tous. Mais une dose excessive de l’une ou de l’autre provoque de graves troubles cardiaques et peut tuer une personne. Les plantes sont loin d’être innocentes : elles sont responsables de troubles digestifs, cardiaques, neurologiques ou allergiques. Les enfants sont bien sûr les plus vulnérables : ils aiment arracher les feuilles et les pétales des fleurs, les sucer, mâcher les tiges et manger les baies.

En appartement, certaines plantes courantes, comme le ficus et l’asparagus sont irritantes, mais c’est le Dieffenbachia qui provo¬que les réactions les plus spectaculaires. Ses larges feuilles jaunes et vertes sont en effet recouvertes d’un suc très allergisant. Toucher les feuilles puis se frotter l’œil ou se sucer le doigt après, et c’est la langue ou l’œil qui double de volume, parfois même le visage et la gorge qui se mettent à gonfler, entraînant un risque d’asphyxie (voir page 106 Œdème de Quincke).

Les plantes du jardin et les haies sont souvent très dangereuses. Méfiez-vous par exemple du laurier-rose, du genêt, de la renoncule (« boutons d’or »), à l’origine de brûlures digestives et de convulsions, de la colchique, entraînant de graves troubles circulatoires, de l’aconit qui provoque un ralentissement grave du rythme cardiaque, ou encore de la glycine dont les graines enfermées dans les gousses sont responsables de douleurs abdominales. Attention aussi au marron, souvent confondu avec la châtaigne : il contient, comme le lierre de la saponine, un toxique pour le cerveau et le rein.

Les baies, très prisées par les enfants, sont pour la plupart toxiques. Heureusement, leur saveur en rebute plus d’un. En général, les enfants n’en absorbent que peu et vomissent aussitôt. Il peut s’agir des baies rouges du houx, de l’if, du pommier ou du cerisier d’amour, des baies blanches du gui, des baies noires de la belladone, de la vigne vierge et du troène. Certaines baies telles que celles de l’if peuvent provoquer un coma, comme celles du gui ou du houx, des troubles cardiaques graves.

Les bons gestes

En cas d’absorption accidentelle, appelez le centre antipoison régional et décrivez très exactement la plante incriminée, sa forme, sa disposition, la couleur et l’aspect des feuilles ou des baies ainsi que les troubles dont souffrent la victime.
Si l’enfant a avalé une baie, et s’il est encore temps, faites-le cracher. Enlevez-lui les petits morceaux qui restent, rincez-lui la bouche abondamment et allongez-le en surveillant attentivement sa respiration et son pouls. Ne le faites pas vomir, ni absorber quoi que ce soit : attendez les consignes du centre antipoison, et l’arrivée d’un médecin du SAMU (alerté par le centre antipoison).

 Les champignons

Si chacun sait qu’une amanite phalloïde peut tuer, il faut bien reconnaître que nous sommes peu nombreux à savoir l’identifier lorsque nous la rencontrons. Pourtant, à elle seule, elle est responsable de plus de 90 % des intoxications mortelles par les champignons. Près d’une vingtaine de champignons sont toxiques, dont cinq sont mortels. Il s’agit du cortinaire sanguin au pied tordu et au chapeau roux, de la lépiote brune confondue souvent avec la coulemelle, qui elle, est comestible, et des amanites vireuse, phalloïde et tue-mouches. Ces amanites se reconnaissent par des lamelles blanches, un anneau (collerette) floconneux ou membraneux et une volve (poche dans laquelle le champignon se développe) blanche en forme de sac qui engaine le pied.

Les premiers signes sont presque toujours des troubles digestifs : douleurs abdominales importantes, diarrhées et vomissements, accompagnés souvent de sueurs abondantes, d’une sensation générale de malaise. Selon le champignon incriminé, des troubles respiratoires, cardiaques et psychiques (hallucination, euphorie, grande agitation) se manifestent rapidement.

En théorie, et à condition que le malade ait consommé une seule espèce de champignon toxique, le délai d’apparition des premiers symptômes permet de juger de la gravité de l’accident. En général, si ceux-ci surgissent moins de 6 heures après le repas incriminé, l’intoxication est bénigne ; dans le cas contraire (en moyenne 12 heures plus tard), c’est une intoxication grave. Et celle-ci est d’autant plus grave qu’il n’est dès lors plus possible de faire un lavage d’estomac pour éliminer le toxique : le repas est digéré depuis longtemps.

Les bons gestes

L’intoxication au champignon frappe en général plusieurs personnes, c’est-à-dire l’ensemble des convives qui ont participé au repas.

Même si certains d’entre eux ne présentent pas de symptômes, tous doivent être hospitalisés et traités rapidement. Contactez le centre antipoison pour l’identification rapide des champignons incriminés.

Dans la mesure du possible, essayez de retrouver ou de conserver les épluchures et les déchets de champignons éliminés lors de leurs préparations. Cela facilitera les analyses du centre antipoison régional (voir page 181). Décrivez les troubles présentés par le malade et indiquez le délai écoulé entre l’absorption et l’apparition des premiers signes d’intoxication. Le centre antipoison alertera alors le SAMU qui enverra une équipe médicale.

Allongez le malade et recouvrez-le d’un vêtement chaud. Surveillez sa respiration et son pouls en attendant l’équipe médicale de secours.

Les intoxications alimentaires

Contrairement aux autres intoxications, celles-ci résultent de l’ingestion normale d’aliments, crus ou non, connus et sains en apparence. Elles surviennent après avoir mangé un plat infecté par des bactéries et mal conservé ou mal cuisiné. Les bactéries les plus fréquentes sont les staphylocoques qui prolifèrent dans la nourriture (lait, viande, poisson, légumes verts) et les salmonelles (dites mineures) que l’on trouve surtout dans les volailles, mais aussi dans la viande hachée, les abats et la charcuterie et qui se multiplient rapidement dans les intestins.

La plupart de ces infections provoque une gastro-entérite, c’est-à- dire des troubles digestifs qui, selon la bactérie en cause, font leur apparition brutalement 2 à 6 heures après le repas (c’est le cas de l’intoxication par un staphylocoque et parfois de la salmonelle) ou bien un ou deux jours plus tard (salmonelle). Le malade souffre de nausée, de vomissements, de douleurs au ventre, de maux de tête, et surtout d’une diarrhée d’intensité variable. Les gastro-entérites guérissent en général en trois ou quatre jours. Le traitement repose sur la diète, et l’absorption de quantité importante d’eau salée (bouillon par exemple) et sucrée (Coca-Cola, tisane) pour compenser les pertes de liquides consécutives aux diarrhées et aux vomissements. Il faut éviter les boissons acides tels que jus d’orange et citron pressé, et les excitants (café et thé) qui renforcent les spas-mes intestinaux. La victime peut également prendre du charbon, un antiseptique intestinal et un antispasmodique pour accélérer la guérison.

Si les signes persistent au-delà de 2 jours, s’aggravent ou s’accompagnent de fièvre, il est nécessaire de consulter d’urgence un médecin qui pourra prescrire des antibiotiques.

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