La tétée

> > La tétée ; écrit le: 19 avril 2012 par tayechi modifié le 21 novembre 2014

La tétée au cœur de la famille

Pendant quelques mois, toute la famille va vivre au rythme des tétées du nouveau-né. Chacun devra s’adapter, trouver sa place. Vous apprendrez, selon le moment, à donner priorité à l’un ou à l’autre de vos enfants. Parfois, vous vous en voudrez et aurez un pincement au cœur de ne pas pouvoir être partout à la fois ; d’autres fois, soyez-en sûre, vous goûterez avec délices des instants pri­vilégiés d’harmonie familiale.

Certaines femmes hésiteront à allaiter ou à prolonger plus longtemps l’allaitement d’un deuxième ou d’un ixième enfant de peur d’être débordées par les exigences de ces tétées à horaire libre.

Ce temps de détente, que vous accordez à l’en­fant et à vous-même, correspond à la néces­sité de faire une vraie place au nouveau-né ; il serait dommage de sacrifier cette qualité de vie au profit d’un biberon avalé en dix minutes !

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La tétée doit être un moment de détente, pour l’enfant nouveau-né et pour vous-même. Faites bénéficier le reste de la famille de cette détente ; ainsi, la tétée deviendra un vrai moment de tendresse familiale.

Vos autres enfants aimeront se rapprocher de vous à cette occasion. Le petit avant-dernier appréciera de boire un biberon tout contre vous tandis que les plus grands prendront plaisir à la lecture d’un livre, au récit d’une histoire inventée ou à s’occuper tranquillement près de vous. Quelques surprises dissi­mulées dans la maison (puzzles, jeux, crayons, livres, cassettes, etc.) viendront fort à propos déconnecter les moments de tension et, les jours difficiles, occuperont les plus grands. Peut-être la tétée sera-t-elle le moment, pour les aînés, de prendre leur poupée ou leur peluche préférée et d’apprendre à se cajoler eux-mêmes en cajolant leur ami. Leur père vous aidera en accueillant ses enfants, en favorisant un moment pour eux : dans un temps de maternage, en faisant Te lien avec vous-même – temps de câlin paternel -, ou dans un temps de « paternage », en propo­sant une ouverture sur le monde extérieur -jeux, sorties, découvertes communes… Au père correspond aussi la parole et donc les histoires ou les contes, lus ou inventés. Il découvre alors qu’il nourrit par la parole quand la mère nourrit de son lait.

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Les aînés et l’allaitement du tout-petit

L’enfant qui vous voit donner le sein est confronté à sa propre petite enfance ; il est nécessaire d’être à l’écoute de ce que cette scène éveille en lui. Racontez aux aînés ce qui se passait quand ils étaient petits. Montrez- leur des photos de leurs premiers mois. N’hésitez pas à leur expliquer comment vous les nourrissiez. Si vous n’avez pas, ou peu, allaité l’un d’entre eux, donnez-lui en les raisons sans vous culpabiliser. Acceptez de ne pas être la même d’un enfant à l’autre. C’est normal, chacun d’eux vous a fait évo­luer différemment. Peut-être un aîné voudra- t-il goûter votre lait. Souvent, il ne saura plus téter et se contentera de prendre le mamelon dans la bouche. De toute façon, retenir un désir ne fait en général que l’en­tretenir. Dans tous les cas, il apprend à gérer sa frustration.

La tétée seule avec bébé

L’enfant nouveau-né a aussi besoin de tétées seul avec vous.

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Son abandon n’est pas le même, sa phase d’intériorisation ou de « ressourcement » sera plus enrichissante. Essayez de ne pas être dérangée lors de ces tétées. Vous apprendrez à sentir, sans systématisation, ce qui risque de lever les oppositions des uns ou des autres et à privilégier, selon les moments, les tétées solitaires ou en famille. Vous pouvez, s’ils sont grands, solliciter la compréhension des autres enfants face à ce besoin du bébé. Le mieux est de profiter d’un moment d’absence des aînés (école, sieste, garderie…), d’utiliser les moments de présence du père, mais pour­quoi ne pas aussi favoriser les rencontres avec les petits copains, les voisins ?

« La tétée-plaisir », ou le ressourcement du nouveau-né

Le dialogue de la tétée vous sera rapidement familier. La découverte de cette adéquation de vos corps, la détente que cela vous procure vous permettront petit à petit de vivre ces moments dans une plus grande écoute de votre enfant. Peut-être êtes-vous fascinée, amusée ou au contraire gênée par l’avidité qu’exprime votre enfant ? Cet appel du tout- petit à téter porte toute la puissance de son désir de vivre…

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À vous, qui êtes curieuse de cet appel du nourrisson, nous vous proposons une « tétée plaisir », un voyage. Car l’enfant nous em­mène loin, dans son monde intérieur, aux sources de son désir, là où il puise toute sa vitalité… Il est important que ce voyage soit initié par le plaisir, la satisfaction de l’oralité. C’est une expérience sensuelle : par cette ouverture des sens, nous l’avons vu, l’enfant prend corps dans la vie. Cette possibilité que vous offrez à votre enfant de vivre sa capa­cité de relaxation en étant profondément relié par vos deux corps réunis sera à la base de sa confiance en lui, en son corps dans sa sexualité future. Si les tétées prennent pro­fondément ancrage sur votre corps, elles vous permettent aussi de découvrir toute la personnalité de votre enfant qui se dessine dans son visage. Là, il se différencie, se défi­nit en lui-même.

L’enfant des premières semaines semble vivre dans les limbes. Il se met très spontanément dans cet état second : en réceptivité intérieure, il capte l’atmosphère et s’imbibe comme une éponge de ces bruits, odeurs, lumières, sen­sations thermiques et tactiles… Parfois, on sent qu’il se retire plus loin encore, plus en lui-même, sans être non plus dans le som­meil. Il y a encore si peu de frontière entre son monde intérieur et le monde extérieur ! Cet état de retour sur lui-même, vous appren­drez vite à le reconnaître et à le suivre. Nous allons décrire la mise en place de cette relaxation profonde au cours d’une tétée.

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Un étrange voyage aux frontières de lui-même

L’enfant tète puissamment pour obtenir l’éjection du lait et satisfaire sa faim pen­dant les premiers temps de la tétée mais, ensuite, il va faire une pause, fermer les yeux, laisser ses lèvres doucement posées autour du mamelon, sans le lâcher. Par intervalles, il va ainsi reprendre goulûment pendant quelques minutes, puis faire une nouvelle pause. Sa respiration est calme et il pousse de temps en temps des petits sou­pirs repus. L’enfant tète depuis une demi- heure, il semble somnoler et vous êtes tentée de l’éloigner du sein. Vous allez observer qu’il tient encore le mamelon ; s’il dormait profondément, il aurait tout lâché. Et si vous glissez le mamelon hors de sa bouche, il va froncer les sourcils ou serrer ses pau­pières, grimacer, comme s’il s’accrochait à cet état de détente pour ne pas être dérangé. Si vous insistez, il va sursauter et, peut-être, se réveiller en pleurant. En fait, il entre dans un état important pour lui, et n’apprécie pas qu’on l’interrompe.

Alors, suivons l’enfant dans ce qu’il recherche et laissons-le au sein. Au bout d’un certain temps, l’enfant change de rythme. Ses pau­pières frémissent très légèrement, puis de plus en plus fort, jusqu’à vibrer. Comme celui d’un enfant qui rêve, son front se fronce, ses paupières s’agitent, son expression fluctue tandis qu’il sourit d’une grimace rapide, dans un mouvement mécanique de la bouche. Parfois, les contractions légères de son visage se prolongent dans son corps, qui sursaute ou se raidit fugitivement. Les mouvements s’intercalent avec des périodes de calme, pendant lesquelles l’enfant est vide d’expres­sion. À ce stade, il est en sommeil paradoxal, et entretient cet état intérieur par,une légère vibration de la langue et des lèvres. Il suçote très doucement votre sein. Il est possible que ses yeux s’ouvrent. Les mouvements de ses yeux sont alors très définis : ils parcourent l’espace de droite et de gauche très rapide­ment. L’enfant va peut-être vous regarder avec une intensité qui peut déranger. Dans ce cas, répondez-lui sans éviter son regard, mais sans non plus l’attirer hors de cet état où il baigne. Le regard lointain mais péné­trant, étrange, presque étranger, vous parle d’un enfant que vous connaissez peu, qui se révèle à vous dans toute sa puissance et son unité intérieure. Sa pupille dilatée, la fixité de son regard, son sourire énigmatique, son attention particulière donnent à ce moment une intensité quasi magique. Qui est-il ? D’où vient-il ? Où est-il ? Surtout ne le dérangeons pas et poursuivons ensemble ce voyage au pays de l’enfant. Ses yeux une fois refermés, la fin de cette étape sera marquée par un sursaut : l’enfant émerge et se remet à téter.

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Une profonde relaxation

Cette tétée l’emmène peut-être se ressourcer plus loin encore, comme s’il reprenait appui sur vous pour mieux repartir. Il s’arrête de boire à nouveau et son corps va dégager une forte chaleur ; il est trempé de sueur. Très calme, l’enfant semble dormir, puis ses yeux se mettent en mouvement et vont tourner vers le haut, ne montrant plus que le blanc ; ils roulent puis se ferment. Sa respiration de plus en plus silencieuse s’estompe, l’enfant est impassible, devient étonnamment léger, pâle, fragile, si retiré à l’intérieur de lui- même et en même temps irradiant sa pré­sence autour de lui. Il règle sa respiration, qui semble disparaître, revient dans un léger soupir, un hoquet imperceptible. Il peut faire plusieurs voyages ainsi, entre deux plages d’endormissement. Puis il revient, son visage s’éclaire, il s’éveille, souriant d’une grande joie intérieure, baignant dans la béatitude, heureux d’avoir vécu un cycle complet de ressourcement, profondément satisfait.

Cet état second dans lequel l’enfant bai­gnait dans sa vie fœtale, il s’enrichira d’y revenir lors de la tétée (d’après M.L. Boyesen1), avec un sommet vers dix semaines puis une diminution progressive jusqu’à disparition, vers les neuf à dix mois. Les neuf premiers mois du nourrisson sont une période de tran­sition, et correspondent à toute une mise en place des processus vitaux.

Au cours de cette « tétée plaisir », l’enfant se différencie de sa mère et celle-ci le découvre sous de nouveaux aspects. Gardienne du seuil, par sa densité dans le monde, en étant dans son odeur, son contact intime, la mère offre à l’enfant un ancrage exceptionnel. Sa présence respectueuse lui permettra ce pro­fond retour aux sources. L’enfant, peu porté, souvent dans l’immobilité de son berceau, connaît aussi ces moments de sommeil paradoxal. Il a tout le loisir de se glisser à l’intérieur de lui-même, d’errer d’une fron­tière à l’autre, mais cela est vécu hors de l’ancrage à la vie que représentent l’action de téter et le contact corporel. Privé de cette nourriture affective, pourra-t-il utiliser ces états seconds pour se ressourcer en énergie vitale ? Si la mère représente pour l’enfant la personne qui lui apporte la continuité, le père peut tout à fait, avec un biberon de lait maternel, vivre cette tétée attentive avec son enfant et lui proposer sa présence comme autre référence.

Sans forcément passer par les étapes décrites précédemment, l’enfant traverse des phases de sommeil paradoxal dans la journée. Soyez attentive à les reconnaître. Les mouvements oculaires très spécifiques ainsi que la vibra­tion de la langue sur le sein vous signifient que l’enfant entre dans cet état second. Ne le changez pas de position. Ne l’appelez pas non plus. S’il sourit de son sourire intérieur, qui n’est pas un sourire de communication, laissez-le « sourire aux anges ». Sa grande réceptivité sensorielle pendant cette phase fera qu’il sera dérangé par le moindre bruit, une lumière, un geste de tendresse mal à propos. Prévoyez de changer l’enfant avant la tétée, même s’il se rendort avec un change mouillé ; il a surtout besoin de cette relaxa­tion qui prolonge la tétée. Assurez-vous qu’il est en pleine phase d’éveil avant de chercher à communiquer avec lui (son regard vous cherche, il agite ses membres…) et qu’il est en sommeil profond pour le mettre au lit (il a complètement lâché le sein, n’a pas sur­sauté quand vous l’avez bougé…).

Du côté de la mère

Si nous avons essentiellement présenté ce chapitre à l’écoute de l’enfant pour donner tout son poids à la « loi du nourrisson » (M. L. Boyesen), nous entendons en écho vos réflexions : « Quoi ? Des tétées d’une heure ? On ne peut pas faire cela, quelle dépendance ! Et moi, pendant ce temps… » Nous avons déjà parlé du temps. Les processus hormo­naux de lactation prolongent ceux de la gros­sesse. Et la femme qui allaite reste, grâce à eux, très proche de ses rythmes internes. Que nous craignons de nous y abandonner et résis­tons à nous identifier à cette image de la mère avec l’enfant perpétuellement au sein, nous le comprenons tout à fait. Mais essayons de nous projeter dans le long terme. Si ses tétées sont longues, l’enfant va être dans un tel processus d’autorégulation qu’il prendra plus facilement un rythme de tétée régulier, mais physiolo­gique. Si on retient ce processus, l’enfant peut en revanche demander à téter sans arrêt, plus particulièrement le soir si la journée se ter­mine sans un temps de relaxation profonde. Apprenez à vivre ces tétées en vous ressour­çant vous-même. Voir « La tétée : an moment de détente et de plaisir », page 167. Chacune d’entre vous vivrez ces tétées de manière différente, parce que votre relation à votre enfant est unique et qu’elle est le fruit de vos deux personnalités. Peut-être cela vous est-il difficile de vous abandonner à ces processus d’intériorisation. Acceptez alors que votre abandon à la tétée se fasse petit à petit. Laissez-vous guider par votre sensation de bien-être, votre plaisir mutuel à être ensemble, qui est à la base de cette relaxation profonde, et par le sentiment par­tagé de satisfaction qui reste après ces tétées. Sans doute n’avez-vous pas, enfant, vécu dans cette intimité du contact maternel, parce que nos mères sont issues d’une génération où tous les processus naturels ont été lar­gement réglementés par la médecine. Elles n’avaient souvent ni l’espace ni le recul nécessaires pour se soustraire à ce qui leur était imposé. De cela peut résulter chez vous une frustration inconsciente, qui peut être à la source des résistances importantes que vous mettez à votre propre abandon au pro­cessus de relaxation et à celui de votre enfant.

Aimez-la cette enfant qui râle en vous, acceptez ses peurs, ses retraits, ses tenta­tives timides d’ouverture. Votre enfant vous connaît intimement, il saura reconnaître et apprécier vos efforts et vos attentions à son égard dans ce cheminement.

Vidéo : La tétée

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