A quand remontent les premiers souvenirs

> > A quand remontent les premiers souvenirs ; écrit le: 18 mai 2012 par najla

EN MOYENNE, les souvenirs les plus anciens des adultes (y compris jeunes) sont datés, lorsqu’on peut les vérifier, entre trois et quatre ans. Freud pensait que cette perte de la mémoire était due à une répression de la sexualité infantile, mais cette théorie n’est plus admise par la majorité des chercheurs qui voit dans ce phénomène un résultat de la construction de la mémoire.
En effet, lorsqu’on observe la mémoire au jour le jour, ’es enfants peuvent se rappeler une visite au zoo, ou des courses au supermarché lorsqu’ils sont petits ; ils reconnaissent très tôt leurs parents et même leur mère quarante- huit heures après la naissance . Progressivement, les enfants reconnaissent les membres de la famille, les lieux qui les entourent, les pièces de la maison, les maisons de la famille ou des amis, les magasins, les émissions de télévision, les animaux familiers et ce qu’on oublie trop souvent, les mots du langage, qu’il faut bien mémoriser pour les reconnaître et les employer.
Pourquoi alors un jeune enfant se rappellera-t-il le len¬demain qu’il a fait les courses au supermarché et ne s’en souviendra-t-il pas devenu adulte. Ce phénomène est dû à un aspect de la mémoire appelé « mémoire épisodique ». Chaque fois que l’on apprend quelque chose, par exemple lorsque je vois un requin dans un documentaire télévisé, que j’entends ce mot dans la conversation, que je le lis dans une revue, chaque événement est enregistré en mémoire de manière individualisée comme un épisode. Ce mot d’épisode a été choisi par un chercheur canadien sans doute en référence aux séries télévisées. Chaque épisode met en scène les mêmes (ou presque) protagonistes, mais chaque épisode diffère d’un autre par une combinaison particu¬lière ; cependant, après un certain nombre d’épisodes, notre mémoire les fusionne et l’on se rappelle des caractères généraux des personnages et des lieux, par exemple de John Steed et d’Emma Peel dans la série Chapeau melon et bottes de cuir, sans se rappeler avec précision tel ou tel épisode. D’ailleurs, lors d’une interview télévisée , l’actrice Diana Rigg, qui joue Emma, fut bien embarrassée lorsque le journaliste lui posa la question : « Quel est votre épisode préféré ?» ; « Je ne l’ai pas vu depuis si longtemps. Pour moi, c’est comme s’ils étaient fondus en un épisode unique. Parmi les plus anciens, je me souviens bien des “cyber- nautes”. C’était un des tout premiers, j’avais le trac, c’est pourquoi je m’en souviens. Pour le reste, il faut savoir qu’on faisait un épisode tous les dix jours et même les scénarios étaient parfaits. Ils avaient un moule, c’est donc difficile de faire ressortir un épisode précis », a-t-elle répondu.
La vie est un grand feuilleton et notre mémoire fusionne les épisodes pour extraire ces abstractions génériques que «ont les mots, les visages de nos proches, les lieux qui nous sont familiers. On remarque ainsi en laboratoire que plus les mots sont familiers, comme bateau et avion, et plus ils sont difficiles à reconnaître après les avoir appris dans une Liste avec des pièges ; à l’inverse, les mots rares, comme sex- rant ou ornithorynque, sont mieux reconnus. La raison en est que chaque fois que nous avons rencontré (vu, lu, etc.) le mot bateau, un nouvel épisode s’est enregistré en mémoire et il en existe dans notre mémoire d’adulte des dizaines de milliers ; si l’on apprend ce mot dans une liste de laboratoire, un nouvel épisode est donc enregistré avec le visage de l’expérimentateur, le local du laboratoire, etc., et se rappeler ce mot revient en fait à se rappeler que ce mot (que l’on connaît déjà) était dans telle liste ; pour la mémoire, il s’agit d’identifier cette épisode particulier « le mot bateau dans le contexte du laboratoire » parmi des milliers d’épisodes. Voilà pourquoi il est très difficile de reconnaître des mots familiers alors que le mot rare * ornithorynque » sera plus aisément détectable parmi un plus petit nombre d’épisodes en mémoire. Ce mécanisme de la mémoire épisodique explique bien l’oubli des événe¬ments répétitifs de la vie courante, comme ceux de fermer la porte à clé, d’éteindre la lumière, etc., car ils sont très fréquents et leurs épisodes se mélangent facilement entre eux en mémoire comme chez l’actrice de Chapeau melon et bottes de cuir.
Chez l’enfant, chaque épisode de la vie, le visage de ses parents, les courses dans les magasins, les jeux dans sa chambre vont se mélanger de si belle manière qu’il n’y aura plus qu’un souvenir générique comme le visage de ses parents et les images des objets familiers, table, chaise, etc., que l’on n’a pas l’habitude d’appeler souvenirs d’enfance et qui pourtant sont les premières bases de notre mémoire.

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