Théorie des émotions

> > Théorie des émotions ; écrit le: 26 février 2014 par Hela modifié le 26 février 2015

Théorie des émotions

Cette théorie des émotions a été reprise et élaborée plus avant par Antonio Damasio. Dans sa thèse originale des « marqueurs somatiques», les états du corps ne sont pas seulement les éléments constitutifs du ressenti des émotions, ils sont aussi les déterminants de la prise de décision. L’anticipation de l’état somatique dans lequel une personne se trouvera suite à une décision va déterminer l’acte de cette même personne. Prenons un exemple simple, tiré du quotidien : il nous faut annoncer une mauvaise nouvelle à quelqu’un. Deux possibilités : l’appeler au téléphone ou lui envoyer un mail. Dans le premier cas, on ressent une certaine gêne dans le corps à l’idée d’entendre la voix de notre correspondant et sa réaction à la mauvaise nouvelle ; la seconde solution paraît « somatiquement » plus neutre, ce qui nous conduit à prendre la décision d’écrire. L’état du corps est bien entré en jeu dans la détermination de l’action. Les expé­riences laissent des traces dans notre réseau neuronal par les mécanismes de la plasticité et ces traces, comme nous l’avons montré dans notre livre À chacun son cerveau, sont associées à celles de l’état somatique que l’expérience en question a déclenché. Il s’établit ainsi un lien entre représentation « R » de l’expérience et états somatiques « S », en accord avec le point de vue de Damasio et celui de James. Cette interface entre le soma­tique et le psychique est aussi au cœur de la théorie de la pulsion chez Freud.

Revenons pour un instant à la physiologie. Selon les principes de l’homéostasie, lorsqu’un état somatique représente une déviation de l’état physiologique, des mécanismes sont mis en jeu pour rétablir l’équilibre phy­siologique. Sur le versant psychique, l’état somatique peut être associé à une représentation. Dans ces conditions, l’équilibre physiologique peut donc être aussi rétabli par la mise en jeu d’une représentation. Ainsi une représenta­tion peut avoir une fonction d’équilibrage physiologique au niveau somatique. Cet équilibrage peut passer par la mise en jeu d’un acte ou d’un objet liés à la représentation. En termes psychanalytiques, c’est la définition même de la pulsion qui tend à se décharger à travers un acte ou un objet, pour atteindre la satisfaction.

La théorie des marqueurs somatiques peut donc être reliée à la théorie de la pulsion. L’anticipation du plaisir ou du déplaisir qui préside à la prise de décision, au niveau conscient chez Damasio, peut être mise en rapport avec la pulsion au niveau inconscient . L’homéostasie sera rétablie par la mise en action du contenu de la représentation associée à l’état somatique ; en termes freudiens, la décharge de la pulsion permet de retrouver un état antérieur à celui d’excitation.

Freud identifie en effet la source, l’objet, le but et la poussée de la pulsion. Sa source est dans un état du corps. Son but vise la décharge, le rétablissement d’un équilibre, finalement, la réalisation d’un état homéostatique. La pulsion doit se boucler : pour que cela soit possi­ble, il est nécessaire qu’elle mette en jeu un objet, grâce auquel elle puisse atteindre son but. Cet objet est ce qu’il y a de plus indifférent, mais il faut qu’il soit intrinsèquement lié à la représentation R associée à l’état somatique S. C’est justement pour cette raison que l’on peut proposer autant d’objets propices à cette fin. Tout objet peut potentielle­ment convenir. On l’a vu avec le gadget qui réussit à s’infil­trer de manière très efficace dans cette opération. Tout objet peut être un tenant lieu de l’objet de la pulsion, dans la mesure où il mobilise une représentation qui soit asso­ciée à un état somatique. Le marché vit de la pulsion.

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