L’utilisation traditionnelle à la découverte de la mescaline

> > L’utilisation traditionnelle à la découverte de la mescaline ; écrit le: 30 mars 2013 par imen

De nombreuses évidences archéologiques indiquent que le peyotl jouait un rôle important dans les rites religieux des populations indiennes du Mexique et de l’extrémité sud des Etats-Unis (Etat du Texas). Des fouilles récentes ont permis de découvrir des morceaux de peyotl dans des cavernes et des grottes desséchées au Texas, près de la frontière mexi­caine. (La datation de ces restes de plantes par la méthode au carbone 14 montre qu’ils sont âgés d’au moins 6000 ans. Au nord-est du Mexique, des restes de peyotl datant d’environ 2000 ans avant J.-C. furent trouvés dans une tombe. Toujours au Mexique, dans une tombe plus récente (900 ans après J.-C.) localisée au fond d’une caverne, des restes de cactus furent découverts récemment. L’analyse phytochimique de ces morceaux de pey­otl a permis de montrer que ces derniers contenaient encore de la mesca­line et d’autres alcaloïdes (Bruhn et al., 1978J/La découverte de ces ves­tiges archéologiques ne permet pas de conclure à quelle fin les hommes des époques concernées utilisaient le peyotl. On en sait plus par les récits datés de 1560 du moine franciscain Bernardino de Sahagun qui fut chargé par le clergé espagnol d’observer la façon de vivre des indigènes peu après la conquête du Mexique. D’après Delaveau (1982), qui cite une traduction française du texte de Sahagum, les effets du cactus sont décrits : «Ceux qui le consomment ont des visions épouvantables ou comiques, et cette ivresse dure deux à trois jours avant de se dissiper. Cette plante sert de nourriture aux Chichimèques, les soutient et leur donne courage pour ne craindre ni combats, ni soif, ni faim, et ils disent qu’elle les préserve de tout danger». Chichimèques est le nom donné par les Aztèques à des tribus nomades vivant au nord du Mexique. Les Aztèques connaissaient bien le peyotl, dont le nom dérive de leur langue. Etymologiquement, il pourrait avoir son origine du mot peyona-nic qui veut dire stimuler (Râtsch, 2001). Le peyotl fut la plante sacrée des Aztèques et sa cueillette fut l’objet d’une célébration rituelle. Lors de la fête traditionnelle du peyotl, tous les membres de la tribu en consommaient, enfants et femmes enceintes compris. Il y avait des incantations autour d’un feu faites par des chamans qui communiquaient avec les dieux à l’aide du cactus. Le peyotl n’était pas seulement une plante sacrée, mais aussi une plante médicinale. La consommation de peyotl désinhibe et peut conduire parfois à des com­portements sexuels que certains jugeront anormaux, contre nature. Les missionnaires espagnols, arrivés peu après les conquistadors, ne man­quèrent pas de remarquer les coutumes des indigènes mangeurs de peyotl et furent frappés de stupeur et d’horreur. Ils en informèrent immédiate­ment le clergé qui ordonna à la Sainte Inquisition de faire cesser au plus vite ces cultes démoniaques. La répression fut terrible et dura quatre siè­cles, jusqu’à la fin de la domination espagnole. Mais les Indiens résistèrent et surent conserver leurs coutumes. L’usage du peyotl traversa la frontière et au cours des siècles s’implanta toujours plus dans le continent nord- américain. En plus des Indiens du Texas, les populations autochtones du Nouveau-Mexique, de l’Arizona, de l’Oklahoma et de l’Utah devinrent des fervents adeptes du célèbre cactus, notamment les Apaches, les Comanches, les Cheyennes et les Kiowas. Ce qui déplut fortement aux églises protestantes des Blancs qui firent pression sur le gouvernement des Etats-Unis. Au début du XXe siècle, plusieurs Etats prirent des mesures dra­coniennes pour interdire l’importation des cactus des Aztèques. Dès lors, un immense trafic de contrebande s’installa… Il faut mentionner que chris­tianisme et peyotl ne furent pas incompatibles. Une secte d’inspiration chrétienne vénérant le Christ et le peyotl fut fondée au milieu du XIXe siè­cle. Elle est connue sous le nom de Native American Church et compte encore maintenant plusieurs millions d’adeptes au sud des Etats-Unis. En 1995, le Président Bill Clinton a émis un décret autorisant les membres de cette Eglise à utiliser du peyotl ! (Schultes et Hofmann, 1998). Il faut men­tionner qu’en dehors des rites religieux, le peyotl a joué depuis la nuit des temps un rôle important dans la médecine traditionnelle des Indiens du Mexique et des Etats-Unis. En usage interne, on l’utilisait pour soigner la fièvre et les douleurs articulaires. En usage externe, on appliquait des tranches de cactus fraîchement coupées sur les tempes lors de maux de tête et sur la peau lors de coups de soleil.

Le cactus magique attira rapidement les phytochimistes qui procédèrent à son analyse dès la deuxième moitié du XIXesiècle. Les pre­miers résultats furent publiés en 1884 et en 1888 par des chercheurs américains. (La chair du cactus contient de nombreux alcaloïdes, dont le principal fut nommé mescaline (probablement à cause de la dénomination en langue anglaise du cactus séché : mescal button). La teneur en alcaloïdes dans la plante séchée est très variable et peut aller de 0,4 à

3,7 %. La mescaline semble être la seule substance qui possède un effet psychotrope. Sa structure chimique est curieusement très proche d’un neurotransmetteur que l’on trouve dans le cerveau humain, à savoir la noradrénaline. La mescaline provoque une distorsion de la perception des formes, une fantastique intensification des couleurs, des hallucinations auditives et un net ralentissement de la perception du temps. Elle entre dans la catégorie des psychodysleptiques, tout comme le très célèbre LSD, un dérivé hémi-synthétique préparé à partir de l’acide lysergique, un constituant de l’ergot de seigle (voir chapitre De l’ergot de seigle au LSD). Les symptômes physiques qui accompagnent les hallucinations sont la mydriase (forte dilatation de la pupille), ce qui explique sans aucun doute l’appellation des Aztèques «La plante qui fait les yeux émerveillés», mais aussi la tachycardie, une sensation de variation de température, des nausées et parfois de l’agitation et de l’anxiété.

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La mescaline, selon le dosage, a des vertus thérapeutiques, aphro­disiaques et psychédéliques (hallucinations et exacerbation des sensations). L’intensité et la nature de ces derniers effets dépendent de l’environ­nement psychosocial, de la sensibilité et de 1 ’intellectualité du sujet. L’effet psychédélique se manifeste généralement 45 à 120 minutes après la con­sommation de peyotl ou de mescaline pure. La plupart du temps, les nausées apparaissent avant les visions. Celles-ci peuvent durer de 6 à 9 heures et sont parfois suivies de maux de tête. Il faut absorber entre 200 et 500 mg de mescaline pour obtenir des effets psychédéliques marqués. Certains iront jusqu’à prendre des prises orales de 700 à 800 mg, ce qui peut provoquer des hallucinations extrêmement intenses, un comporte­ment complètement irrationnel, voire des angoisses terribles et le besoin de se suicider. Lorsque dans un groupe de quelques personnes, la décision est prise de consommer de la mescaline (ou du LSD), il est impérativement recommandé qu’une personne au moins s’abstienne de tenter l’expérience afin de rester complètement lucide pour surveiller le comportement des autres. Signalons que 27 g de peyotl séché contiennent environ 300 mg de mescaline. Cette substance a été testée en psychiatrie, mais on ne lui a guère reconnu de vertus thérapeutiques exploitables. Dans la plupart des pays, dont la Suisse et la France, elle figure sur la liste des substances dont la production, la mise sur le marché et l’emploi sont interdits.] En Suisse, le cactus vient d’être placé sur cette liste. Il faut dire qu’il n’est pas facile de s’en procurer et il faut en consommer des grandes quantités. Il existe cependant des adeptes sous nos latitudes et il n’est pas rare que le peyotl disparaisse des serres tropicales de nos jardins botaniques. Pour empêcher le vol de ce cactus, certains responsables de jardins de plantes n’ont pas hésité à l’exposer, mais protégé par des verres blindés ! La mescaline se trouve dans d’autres cactus, le plus célèbre étant le cactus de San Pedro ou Trichocereus pachanoi Britton et Rosé. Ce cactus est abondant au Pérou et pousse à une altitude de 2000 à 3000 mètres. C’est le cactus sacré des chamans qui l’utilisent lors de rites psychédéliques. Il est égale­ment employé comme tonique et aphrodisiaque dans la médecine tradi­tionnelle péruvienne. Des contradictions existent dans la littérature scien­tifique quant à sa teneur en mescaline. Certains parlent de 300 mg par 100 g de cactus séché. Un autre cactus appartenant au même genre est également fréquent au Pérou. Il s’agit de Trichocereus peruviartus Britton et Rosé qui contient autant de mescaline que Lophophora williamsii, le peyotl. À signaler que le cactus de San Pedro est considéré comme un stupéfiant en Suisse depuis le 1er janvier 2002.

D’une manière générale, on peut dire que le cactus sacré des Aztèques et son principe actif, la mescaline, ne sont pas des drogues très utilisées en Europe. L’efficacité de la mescaline est faible par rapport à celle du LSD. Pour avoir un effet similaire à celui provoqué par 300 mg de mescaline, il suffit de consommer 300 mg de LSD, c’est-à-dire 1000 fois moins. Mais sur ce point, il existe des divergences dans la littérature scientifique car dans certaines publications, il est indiqué que le LSD est environ 10 000 fois plus actif que la mescaline (Potier et Chast, 2001). Malgré cela, il ne faut surtout pas négliger les effets du peyotl et de la mescaline. Parmi les grands adeptes de la mescaline, on trouve l’écrivain britannique Aldous Huxley (1894-1963), devenu célèbre par son roman de science-fiction Brave new world (Le meilleur des mondes) publié en 1932. Après avoir consommé de la mescaline, Huxley décrit ses aventures visionnaires dans deux livres parus entre 1950 et 1960, à savoir The doors of perception et Heaven and hell. Il goûta aussi au LSD et à la psilocybine et vit dans les hallucinogènes un moyen de se surpasser. Le poète et peintre français d’origine belge, Henri Michaux (1899-1984) décida d’absorber de la mescaline pour expérimenter ses effets sur sa créa­tivité. 11 en résulta des dessins curieux et des oeuvres telles que Misérable miracle (1955) et Connaissance par les gouffres (1961).

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Le romancier suisse d’origine allemande, Hermann Hesse (1877- 1962), prix Nobel de littérature 1946, aurait selon diverses sources, écrit son roman Steppenwolf (1927) sous l’influence de la mescaline, sub­stance devenue disponible à l’état pur dès la fin du XIXe siècle (Ràtsch. 2001). Décidément, le cactus sacré des Aztèques a encore un grand avenir devant lui.

Vidéo : L’utilisation traditionnelle à la découverte de la mescaline

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