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l’excès du vivant

Vous êtes ici : » » l’excès du vivant ; écrit le: 26 février 2014 par Hela modifié le 26 février 2015

l-exces-du-vivantL’excès du vivant

Il y a certaines situations où ce processus se passe de façon inaugurale. C’est l’une des hypothèses qui est, par exemple, faite à propos de l’autisme. Pour des raisons qui peuvent être multiples dans leur étiologie, le phénomène autistique pourrait se rapporter à un excès de stimulations, qui submergent complètement l’enfant sans qu’il puisse s’accrocher et se retenir au monde du langage qui l’entoure.

Des observations récentes en neurobiologie ont mis en évidence un foisonnement de connexions dans le cortex cérébral de patients autistes et, également, dans certains modèles animaux de l’autisme, dont il faut bien sûr, apprécier pleinement les limites.

Selon la théorie proposée par les neurobiologis­tes Henry et Kamila Markram et intitulée the intense world syndrome, le système nerveux de patients autistes se caractériserait par une hyperconnectivité entre les neurones ainsi qu’une plasticité neuronale fortement accentuée. Cette hyperréactivité des circuits neuronaux aboutirait à une sensibilité augmentée aux stimulations provenant du monde extérieur.

C’est ainsi que les répon­ses émotionnelles associées aux perceptions, processus médié par l’amygdale comme nous l’avons montré notamment dans À chacun son cerveau, seraient particu­lièrement intenses. Le fait d’être pareillement envahi ! perceptions pourrait aboutir à une difficulté àles réponses somatiques que les perceptions du extérieur déclenchent.

Ainsi la symptomatologie  des autistes de repli sur eux-mêmes serait  due à une réponse accentuée du système limbique  une hyporéactivité comme postulé classiquement. il  serait donc envahi par des afflux intéroceptifs : il m i ait hyperstimulé par S, par un excès difficile, voire Impossible à traiter.

Autre situation que nous pouvons convoquer à titre «l’exemple : la violence. Nous avons vu l’importance de la ponse de l’autre chez le petit d’homme : cette interven  salvatrice est ce qui fait cesser le déplaisir dû à  la soif ou à d’autres états d’inconfort somatique. (Vite intervention de l’autre qui, petit à petit  à travers le langage va contribuer à créer des repré­sentations qui pacifient les états somatiques.

Bien sûr, il peut arriver que la réponse de l’autre soit absente – qu’on pense aux enfants abandonnés ou en carence de stimula­tions. Dans ce cas-là, quand la réponse de l’autre n’est pas présente, pas disponible ni même en mémoire, il y a une difficulté pour le petit d’homme et le jeune enfant à créer ces représentations capables d’entrer en tension avec les états somatiques. Plusieurs issues peuvent être mises en jeu pour trouver une solution.

Paradoxalement, parmi ces solutions figure la violence : la violence envers autrui pour déclencher une réponse, la violence comme appel pour susciter une réponse de l’autre et, donc, créer un scénario, une représentation qui puisse s’associer à des états soma­tiques. La violence peut aussi avoir la fonction d’une  réponse qu’on se donne à soi-même, y compris la violence contre soi-même.

Les enfants qui s’automutilent créent de ce fait une représentation. De même, les adolescents qui se scarifient créent, comme on l’a vu, une représentation, aussi absurde soit-elle, qui permet de tamponner l’excès du vivant qui les anime.

En contrepoint de cette série d’exemples cliniques, faisons de nouveau un détour par la littérature, le théâtre plus exactement avec la mise en scène par Bob Wilson de la pièce Quartett écrite par Heiner Müller. Y est donnée à voir une situation presque inverse de celle décrite dans la Lettre de Lord Chandos.

Dans la Lettre, ce dont témoignait son auteur supposé, c’était de l’effondrement du langage dans ses fonctions de représentation. Dans Quartett, c’est le vivant qui s’impose, qui dépasse le projet du langage. On est face à un afflux, un condensé de jouissance, une pulsionnalité qui ne trouve pas d’objet et qui fait basculer les acteurs eux-mêmes dans l’au-delà du principe de plai­sir. Comme spectateur, il est même difficile de compren­dre le sens des mots.

Ceux-ci sont diffractés, pris de spasmes, soumis aux crispations des corps, dans une tem­poralité qui n’est plus successive. Les mots n’ont plus de sens, le vivant ne trouve plus de sens. La mise en scène de Wilson joue beaucoup sur cette dimension synchronique aux limites du sens. La comédienne Isabelle Huppert res­semble à une marionnette agitée par des fils invisibles ; elle n’est plus elle-même.

Comme si, à certains moments, elle ne pouvait elle-même plus saisir le sens de ce qui est dit, malgré l’intensité et la crudité de ce qui est énoncé. Cet extraordinaire montage révèle que le non-sens du vivant peut en lui-même faire éclater le sens du texte, le sens de la parole, le sens du langage, le sens du geste, la posture d’un corps.

Qu’elles soient tirées de la physiologie ou de la psycho­pathologie, de la littérature ou du théâtre, ce qu’illustrent toutes ces situations, c’est l’importance de ce lien équili­brant, homéostatique, entre représentations R et états somatiques S.

Dès le début de la vie, par le langage, des associations signifiantes de traces, des représentations s’organisent pour constituer un scénario fantasmatique qui devient une solution de choix pour traiter l’excès du vivant.

Par ce biais, le déplaisir, initialement provoqué par l’intéro- ception, par un S en excès, prend peu à peu la forme d’expé­riences représentées comme négatives : pertes d’objets, sen­sations de tomber, de se faire mal… Le fantasme est un des modes de traitement de l’excès du vivant amené par les voies intéroceptives.

Son scénario est un antidote, une lionne à tout faire, qui sert à canaliser et contenir le vivant en trop. Comme nous l’avons dit également, ce fantasme qui est une solution peut aussi devenir un problème poten­tiel. Car la réponse à tout faire qu’il apporte est contrai­gnante.

Quand elle se change en sens unique, le fantasme se solidifie, se consolide, prend de plus en plus de place. La solution que constituait le fantasme devient alors un pro­blème, une fenêtre unique à travers laquelle chacun regarde le monde, une fenêtre susceptible de provo

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