La poussée homéostatique

> > La poussée homéostatique ; écrit le: 26 février 2014 par Hela modifié le 26 février 2015

La poussée homéostatique 

La poussée homéostatique résultant du lien entre R et S permet la décharge de l’excitation et le rétablissement d’un état d’homéostasie.

C’est ainsi que la trace a une fonction équilibrante, homéostatique. Les réseaux de traces – quelle que soit la manière de les désigner, articulations signifiantes ou représentations – entrent dans la construction de scéna­rios conscients et surtout inconscients.

Ces scénarios inconscients participent aussi à traiter le vivant, à lui don­ner un destin dans un scénario fantasmatique. Le fantasme est bien cette solution par laquelle les représentations peu­vent jouer ce rôle tampon. Le fantasme, scénario imagi­naire inconscient qu’on construit comme une représenta­tion, donne sens au non-sens.

Il n’en est pas moins parfois inopérant et peut poser un problème en raison du décalage de la solution produite par rapport à la réalité. Le fantasme est une fiction qui déforme la réalité en produisant des problèmes nouveaux.

Il peut devenir un piège au lieu d’une solution. Par le biais des représentations qui le cons­tituent, il maintient indirectement un contact avec le vivant intraitable, S, qui peut, à travers lui, envahir la scène à partir d’une multitude d’événements ou de stimuli tant internes qu’externes qui de façon imprévue remet­tront en contact avec des états somatiques qu’on pensait neutralisés.

Chez le petit d’homme, c’est donc l’absence de R et l’envahissement de S qui dominent. D’autres situations, notamment en clinique psychogériatrique, ont leur intérêt de ce point de vue. C’est le cas des patients souffrant de démence.

En raison du déficit cognitif important qu’ils présentent lié à la perte de synapses et de neurones, donc à la perte de la capacité de constituer des traces et de cons­tituer ou de maintenir des représentations R, ces derniers se trouvent envahis par S et subissent un retour de l’état de détresse, l’afflux incoercible de l’excès du vivant.

Les psy­chogériatres évoquent volontiers l’importance de cette détresse dans le tableau clinique qu’ils  dressent de leurs patients. Chez ces personnes démunies, désemparées, ce n’est pas l’angoisse qui frappe, mais plutôt un déborde­ment hors sens, une détresse initiale qui fait retour, qui fait effraction.

On peut postuler que, dans cet état de détresse, les états somatiques sont au premier plan et qu’ils envahis­sent un sujet incapable de les tamponner par la constitu­tion de représentations R. Il y a donc là, à l’autre extrémité de la vie, une situation dans laquelle la fonction que R peut jouer est altérée ou perdue.

Pour mieux faire sentir ce lien fondamental entre représentation et état somatique, on peut aussi donner un exemple issu de la littérature. On le trouve dans la fameuse Lettre de Lord Chandos de Hugo Von Hofmannsthal’. Cette lettre est celle d’un jeune poète qui a eu beaucoup de succès au début de sa carrière et qui vit un moment d’effondrement qui l’empêche d’écrire.

Arrivé à une certaine étape de sa création, il fait l’expérience d’une catastrophe. La langue se défait. Tout se fragmente. Il se décrit comme emporté, submergé par le non-sens : « Mon cas est brièvement celui-ci : j’ai totalement perdu la faculté de penser ou de parler de façon cohérente sur quoi que ce soit. » Le langage ne le porte plus.

L’enveloppe narrative a cessé de fonctionner. Il est envahi de façon désordonnée par un excès de sensations qu’il ne peut plus repérer. Il est désorganisé par l’impact d’un vivant qui le déborde. Comme il l’écrit encore : « La langue justement dans laquelle il m’aurait peut-être été donné, non seule­ment d’écrire mais aussi de penser, n’est ni la latine, ni l’anglaise, ni l’italienne, ni l’espagnole, mais une langue dont aucun des mots ne m’est connu, une langue dans laquelle les choses muettes me parlent. »

C’est une façon de dire que la langue n’organise plus les états somatiques qui viennent l’envahir, l’emporter, le traverser, le fragmen­ter, le morceler. Il est projeté aux frontières du réel, là où le langage ne le tient plus, aux limites de toute possible opération sémantique, ramené à un non-sens radical, celui d’avant la prise du vivant dans la langue.

Là où il est advenu, il ne rencontre que la faillite de la parole, plus exactement une sorte de dissolution de la parole sémantique. Il semble ne plus pouvoir constitue  de représentation qui canalise, qui traite l’excès du   il Du coup, il se perd, se dissout. Il n’a plus accès à pensée, à la succession de ses idées.

Il est emporté vivant non arrimé, éparpillé par l’effet de l’excès du » que montre ce texte, qui est une œuvre littéraire, qu’on observe en clinique quand le sujet n’arrive disposer du langage, lorsque le langage s’effondre’.qu’il est mis hors jeu, lorsqu’il n’y a plus de représentation disponibles face au vivant, face au trop-plein du vivant, qui vient en excès.

C’est ce qu’on voit dans la ili iuence sénile, on l’a dit, mais aussi dans la clinique  quand certaines personnes, se sentant jetées hors du langage suite à l’effraction traumatique qu’elles ont subie, témoignent de ce qu’elles ne savent plus  : pour retrouver la parole, elles doivent rejouer  entrée dans le langage.

On pourrait se référer aussi à ce qui se produit dans la schizophrénie où, comme peut- être comme pour Lord Chandos, le langage se défait. Lorsqu’un individu est précipité dans un état psychotique, il peut être plongé, parfois d’un coup, dans la confusion et vivre, de façon aiguë, un phénomène de désarrimage par rapport à la langue.

Dans cette situation, l’excès du vivant revient dans le corps, laissant démuni et perplexe, hors de la réalité, submergé par une totale synchronie d’événements, de sensations et de pensées mélangés. Dans la schizophré­nie, la jouissance en excès fait retour dans le corps alors que, dans la paranoïa, elle fait retour dans le langage’ sous forme de délire organisé. Un tel état de confusion semble  évoquer une perte de l’opération du langage.

Le langage séquentiel, celui qui permet d’organiser les sensations, de les ordonner, de les traiter, de les tamponner, ne tient plus, et le vivant fait effraction, envahit la scène, rend l’expé­rience irreprésentable, indicible, inatteignable. L’excès du vivant rend la vie invivable.

 Vidéo: La poussée homéostatique

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