l’état somatique

> > l’état somatique ; écrit le: 26 février 2014 par Hela modifié le 26 février 2015

L’état somatique

Nous prenons la décision pour laquelle nous anticipons l’état somatique le plus agréable ou, à défaut, le moins désagréable.

La prise en compte de l’anatomie fonctionnelle de l’insula sous l’angle de la théorie psychanalytique réserve des ouvertures étonnantes qui justifient de la renommer « île de la pulsion ».

Si le vivant ou, mieux, l’exigence du vivant, le Lebensnot, doit pouvoir se décharger, s’il y a bien une exigence d’homéostasie qui vise au maintien de l’inté­grité de l’organisme, alors c’est sans doute du côté de la  pulsion, concept limite chez Freud entre le somatique et le psychique, qu’il faut aller voir.

D’autant que Freud lui- même propose l’existence d’une première représentation du vivant, ce qui correspondrait à letat physiologique du corps, qu’il nomme Vorstellung, laquelle fait ensuite l’objet d’une seconde représentation, soit d’une re-représentation, pour laquelle il propose le terme Vorstellungsrepresantanz, traduit en français par « représentant de la représenta­tion ».

Dans l’optique de Freud, le Vorstellungsrepresantanz est une sorte d’« ambassadeur » qui représente le vivant au sens d’un diplomate qui représente son pays dans ses inter­actions avec l’« étranger ».

Les données neurobiologiques actuelles attestent de I existence d’une représentation dans l’insula antérieure de l’état somatique initialement représenté au niveau de l’insula postérieure. Dans le cas de l’insula antérieure, l’« étranger » ne serait autre que l’ensemble des repré­sentations des autres modalités sensorielles extéroceptives qui contextualisent et s’associent avec le « représentant » de l’état somatique détecté par les voies intéroceptives.

L’insula antérieure serait ainsi le site d’intégration des représentations de l’expérience sensorielle vécue et inscrite par les mécanismes de la plasticité avec les re­représentations des états somatiques associés .

Insistons : il ne s’agit pas de voir là un processus unique­ment en termes de localisation, mais plutôt comme une dynamique qui introduit deux niveaux discontinus dans les processus de représentation. Ce qui est important, ce n’est pas nécessairement la localisation, mais l’existence de deux niveaux discontinus dans les processus de représentation.

se manifestant par des symptômes pathologiques. Le des­tin fondamental de la pulsion, à travers la tension issue de R et S, est sa décharge qui ne peut s’exécuter que par un acte qui implique un objet.

Qu’en est-il donc des relations entre l’aspect sensoriel, qu’il soit extéro- ou interoceptif, et la dimension motrice ? Là aussi, les données récentes de la neurobiologie nous éclairent. Les études d’imagerie fonctionnelle ont démon­tré, en effet, que dans pratiquement toutes les circonstan­ces où l’insula antérieure est activée, une autre région l’est également : le cortex cingulaire antérieur.

L’intérêt de cette observation est que cette dernière région est forte­ment impliquée dans l’initiation de l’acte moteur, elle joue un rôle central dans ce qui est défini en termes neuro­psychologiques comme la motivation de l’action.

En fait, tout un faisceau de données neuroanatomi­ques et neurophysiologiques indique que l’insula anté­rieure et le cortex cingulaire antérieur ont partie liée. Ces deux régions sont considérées comme le relais sensoriel (insula antérieure) et le relais moteur (cortex cingulaire antérieur) du système limbique, qui est fortement impli­qué dans le traitement des émotions ; elles sont sans sur­prise actives simultanément .

Le cortex cingu­laire antérieur reçoit, comme l’insula postérieure, des afférences des voies intéroceptives : elle est donc infor­mée, en ligne, de l’état du corps. Par ailleurs, l’insula anté­rieure et le cortex cingulaire antérieur sont connectés par des neurones que l’on retrouve uniquement chez l’humain : les neurones de von Economo.

Il est intéres­sant de noter que, dans la démence frontotemporale, une  lie neurodégénérative qui touche les régions fronta. il notamment les neurones de von représentations inconscientes . Si la pulsion freudienne implique la décharge de l’excès du vivant lié à l’état somatique S à travers le contenu psychi­que lié à la représentation R.

on peut considérer que le nouage entre R et S s’opère au niveau de l’însula anté­rieure et que la décharge par l’acte s’opère par l’activation du cortex cingulaire antérieur grâce aux connexions assu­rées par les neurones de von Economo qui relient ces deux régions .

La pulsion se déchargeant dans l’acte, le sujet perce­vrait par les systèmes extéroceptifs, par exemple la vue ou l’ouïe, la manifestation extérieure de l’état somatique à l’origine de la pulsion. En d’autres termes et de manière surprenante, le vivant en nous se manifesterait, avec un léger décalage temporel, par le biais de la pulsion qui nous le révèle par la perception de l’acte à travers nos systèmes extéroceptifs. Le sujet que nous sommes serait ainsi divisé par son acte .

Développons plus avant ce point de vue, qui permet d’aborder la question de la conscience de soi. Suivant la voie des propositions de Craig et Damasio, on pourrait donc dire que la perception de l’état somatique au niveau de l’insula postérieure, via le système intéroceptif, mais surtout sa re-représentation au niveau de l’insula anté­rieure fournissent les éléments constitutifs de la sensation même d’être soi à chaque instant.

Toutefois, la perception de l’acte issu de la pulsion introduit un aspect plus dyna­mique dans l’émergence de la conscience de soi, car elle engage non seulement l’aspect intéroceptif S, mais égale­ment les représentations R issues de l’expérience unique ni sujet. C’est ainsi que la conscience de soi peut être parasitée par la pulsion.

Un fait clinique peut ici illustrer notre idée, celui de l,tentative de viol par un ami de sa mère : c’est le seul sou venir inscrit dans son corps de l’acte qu’elle a vécu et dont elle est incapable de parler. On peut voir la conversion comme le saut d’une représentation dans une dimension somatique. C’est un des destins possibles du R-S. Peut-être s’agit-il du remplacement d’un R par un autre dans son association avec S.

En contrepoint de la conversion, on peut évoquer ce qu’on appelle parfois en psychanalyse les phénomènes psychosomatiques. Freud les a opposés aux phénomènes de conversion propres à l’hystérie. Dans le cas de la conversion, il s’agit d’une expression somatique de la représentation, dans le cas des phénomènes psychosoma­tiques, il s’agit du corps qui s’impose sans la représenta­tion. Dans la conversion, R se manifeste à travers le corps.

Dans le phénomène psychosomatique, c’est S qui déborde R, en un court-circuit somato-somatique par défaut de représentation R. Par exemple, certains patients somati­sants qui souffrent de douleurs chroniques en ayant un corps complètement désinvesti par la représentation.

Telle cette femme, autour de la ménopause, déprimée, allant de consultation rhumatologique en consultation d’antalgie, dans un survêtement défait, l’air abattu, sans autre possi­bilité que de faire le décompte de ses douleurs et de ce quelles l’empêchent de faire. Toutes ces maladies aux frontières de ce qu’on appelle aujourd’hui les non diseases, les « non-maladies », impliquent de nombreuses consultations et des coûts de santé majeurs.

Dans cer­taines formes de pathologies, l’état somatique occupe toute la scène, sans relais psychique, débordant de représentation. Le lien R-S n’est pas maintenu un excès de S sur les possibilités d’association à incnlalions.

Dans le contexte de ce modèle de relation R-S, on  ni encore rappeler la scarification que pratiquent cér­ium-. adolescents qui se coupent superficiellement les  bras ou d’autres parties du corps. Ces actes qui |m ni ri aient être source de douleur leur procurent paradoxa- i ment un soulagement.

Ils leur donnent une représentation de douleur pour lutter contre un malaise qui les sub­merge, les projette hors les limites de leur corps, parfois il.ms le morcellement, souvent dans l’absence à soi.

En mes plus techniques, on dirait que ces adolescents pro­duisent une représentation R qui tamponne le déborde­ment d’états somatiques S qui les envahissaient. Ils se soi­gnent par la scarification faute de mieux, exprimant un soulagement suite à la douleur et à la vue du sang.

Vidéo:l’état somatique

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