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Le tabou de la dépression

> > Le tabou de la dépression ; écrit le: 29 septembre 2013 par imen modifié le 9 décembre 2014

La dépression fait peur! Non seulement à la personne qui la vit. mais également aux professionnels peu habitués à prendre en charge des patients déprimés. En théorie, chacun sait qu’il s’agit d’une maladie, indépendante de la volonté et qui provoque beau­coup de souffrance. Cependant, le spectre de la maladie mentale fait peur, la folie n’est jamais très loin dans les fantasmes.

Une façon de se défendre contre cette peur consiste à rendre la personne malade fautive de ce qui lui arrive: «Avec plus de vo­lonté, elle n’en serait pas là ! », «À force de tout voir en noir, elle pro­voque son propre malheur!», «Elle n’aurait pas dû faire un enfant si vite ! »

Cette peur peut également provoquer une réaction de déni de la part du patient ou de son entourage qui a tendance à bana­liser et éviter de voir que la personne va mal et qu elle a besoin d’aide. Une telle réaction de peur et de déni touche également le personnel médical peu habitué à diagnostiquer les maladies psychiques. Combien de médecins pensent à demander à leurs patientes enceintes si elles se sentent tristes, déprimées ou an­goissées? Et s’ils le font, osent-ils ensuite approfondir la question plutôt que de la balayer d’un: «C’est normal, vous ôtes enceinte! Cela passera quand vous serez un peu moins stressée. » Pourtant, une oreille attentive et un moment d’écoute permettent souvent de di­minuer leurs craintes et leur sentiment de solitude.

Les sages-femmes sont habituellement sensibilisées aux difficultés psychiques de leurs patientes. Elles sont souvent les premières à constater l’existence de signes annonciateurs de la dépression, mais ne sont pas toujours outillées pour faire lace à la charge émotionnelle qu’implique la détection de ces pathologies. Il s’agit pour elles de savoir comment en parler, à quel mo­ment elles doivent référer la patiente à un spécialiste et auquel. Ces questions sont évoquées plus haut dans le chapitre «Ça se soigne ! »

Les pédiatres sont les médecins les plus fréquemment consultés dans les mois qui suivent l’accouchement. Ils ont donc un rôle primordial dans la détection de la DPP. C’est l’enfant qui est au centre de leur préoccupation. Cependant ils connaissent bien l’importance du travail avec les parents dans la prévention des troubles de l’enfant et les incluent naturellement dans leur consultation. Ils s’inquiètent souvent de savoir comment les mères accepteront ces questions personnelles alors qu elles consultent pour leur bébé; se sentiront-elles jugées ou mises en cause dans leurs compétences de mères? En réponse à ces questions, voici le témoignage d’une mère :

« Je me suis sentie triste et angoissée dès le début de ma gros­sesse. Je n’arrivais pas à en parler, mais j’aurais tellement aimé que quelqu’un aborde le sujet. C’est le pédiatre de mon fils qui, à notre seconde visite, m’a dit qu ‘il me trouvait fatiguée et m ‘a demandé si j’avais des préoccupations. J’ai enfin pu parler de ma dépression. Il m’a alors orientée vers un spécialiste qui m’a soignée. Je lui suis vrai­ment reconnaissante d’avoir osé aborder cette question. »

Certaines personnes réagissent négativement à des questions quelles jugent indiscrètes ou trop personnelles, particulièrement lorsqu’elles craignent d’être jugées. Les autres ne demandent qu£ pouvoir être soulagées de cette souffrance, mais la honte et L culpabilité les empêchent de faire le premier pas. C’est donc au professionnel d’aller à leur rencontre, de les questionner avec tact mais sans détour. Seule une attitude claire, directe et assumée de la part du soignant permet de rassurer les patientes et les aide à de stigmatiser la dépression. Un généraliste renoncerait-il à proposer un test HIV à un patient qu’il pense atteint du sida sous prétexte que son patient pourrait se sentir blessé?

En médecine, nous apprenons à poser certaines questions indispensables à la démarche diagnostique. Ces questions peuvent paraître gênantes pour le jeune médecin débutant, mais avec le temps, il réalise que s’il est convaincu de la pertinence de s^ question, le patient y répond volontiers. Il remarque bien souvent le soulagement de ce dernier qui n’ose pas évoquer ces thèmes sensibles par lui-même. Cette constatation est fréquente avec des sujets aussi délicats que les idées suicidaires ou la sexualité.

Je suis persuadée que si le tabou de la dépression peut tom­ber chez les soignants, il en sera rapidement de même dans la po­pulation et les femmes oseront plus facilement demander de l’aide lorsqu’elles sont déprimées.

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