Le mental Anticancer : Les preuves du lien corps-esprit

> > Le mental Anticancer : Les preuves du lien corps-esprit ; écrit le: 13 mars 2012 par azza modifié le 2 mars 2015

Pour un esprit rationaliste, ces résultats ne sont pas faciles à accepter. Michael Lemer raconte qu’un grand chercheur uni­versitaire spécialisé dans le lien entre stress et cancer avait, dans les années 1980, présenté à ses confrères médecins une étude montrant un effet indiscutable des facteurs psycholo­giques sur la progression du cancer. Au bout de quelques minutes, un chirurgien assez irascible du même hôpital avait explosé : « Vous ne croyez tout de même pas à toutes ces conneries2 ! » Il est vrai qu’à l’époque on ne comprenait pas du tout comment des facteurs purement psychiques pouvaient avoir le moindre impact sur la biologie du corps, et par consé­quent sur la maladie. Comment le fait de se sentir impuissant, le fait de ne jamais exprimer ses émotions, de ne presque jamais goûter à un calme intérieur profond pouvaient-ils accé­lérer la croissance d’une tumeur, ou réduire les bienfaits d’une chimiothérapie ?

C’est un psychiatre de l’université de Stanford qui – presque malgré lui – bouleversa les idées reçues sur le rapport entre stress et chances de survie dans les cancers les plus graves. Le docteur David Spiegel avait commencé par étudier la philosophie à l’université de Yale. Passionné par la pensée de Kier­kegaard et de Sartre, il y avait trouvé une idée clé qui l’avait guidé tout au long de sa carrière : pour être pleinement humain, nous devons être dans une relation à autrui le plus authentique possible. Pour cela, il nous faut dépasser l’image que nous avons de nous-même et celle que nous nous faisons des autres. Nous devons savoir, au plus profond de nous, que nous sommes intrinsèquement libre de nous reconstruire, de nous trans­former, et apprendre à accorder aux autres ce même pouvoir.

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Après des études de médecine et de psychiatrie à Harvard, David Spiegel consacra ses recherches aux conditions qui permettaient de réaliser cette puissante authenticité de l’être et l’ou­verture à autrui. D croyait fermement, comme Sartre, que c’est en faisant face à l’angoisse de la mort que l’être humain devient pleinement lui-même. Tout jeune psychiatre, il décida de rejoindre le grand psychothérapeute Irvin Yalom, à l’université de Stanford, pour tester cette idée. Ensemble, ils animèrent chaque semaine des groupes de femmes gravement malades auxquelles on ne donnait que quelques années ou quelques mois à vivre. Si leurs hypothèses sont correctes, ces femmes étaient les mieux « placées » pour apprendre à devenir pleinement elles-mêmes.

Dans ces groupes, huit à dix femmes souffrant d’un cancer du sein métastatique parlaient chaque semaine de leur peur, de leur solitude, de leur colère, de leurs envies aussi, et de leur façon de faire face à la maladie. Elles apprenaient très vite une des leçons les plus essentielles de la vie : nous sommes tous blessés peu ou prou, et nous avons tous appris à en avoir honte. Dans ces groupes, tout le monde étant gravement atteint par la maladie, il n’y avait plus rien à cacher. Ces femmes pouvaient s’ouvrir en confiance à l’échange intime.

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Pour certaines, c’était la première fois de leur vie qu’elles goûtaient à la douceur de cette confiance. Tout naturellement, quelque chose d’un peu miraculeux se produisait alors. Le plus souvent ces réunions n’étaient ni tragiques ni pathétiques. Au contraire, on y riait beaucoup. Comme si le simple fait d’être accepté avec ses blessures ouvrait aussi la voie aux émotions positives, à la joie, à l’envie d’être en vie, au plaisir d’être ensemble, ici et maintenant.

Il arrivait, bien sûr, que l’une d’elles soit emportée par la maladie. Les femmes parlaient alors de tout ce qu’elles avaient perdu avec le départ de cette amie, de son rire profond quand elle évoquait les bourdes de son mari, de ses yeux si attentifs quand elle écoutait une autre raconter les difficultés de sa der­nière opération, ou de la grâce avec laquelle elle se tenait tou­jours, même quand elle souffrait. Elles s’autorisaient à sentir toute la tristesse de cette perte. Ces moments-là étaient très durs. Mais chacune sentait que l’absente continuerait de vivre dans leurs cœurs à toutes, à travers ces souvenirs. En filigrane, elles sentaient que lorsque leur tour viendrait, elles aussi seraient honorées par cette remémoration et qu’elles ne cesse­raient d’habiter le cœur de leurs compagnes.

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Une de ces patientes, Emily, décrivait ainsi l’expérience de la confrontation avec la mort : « Ce que j’ai découvert dans le groupe, c’est un peu la même peur que quand on se penche du haut d’un gratte-ciel ou du Grand Canyon. Au début, on n’ose même pas regarder en bas (j’ai facilement le vertige), mais, graduellement, on apprend à le faire et on voit que ce serait une catastrophe de tomber. On se sent tout de même plus fort parce qu’on a été capable de regarder. C’est ce que je ressens lorsque nous parlons de la mort dans le groupe – je suis capable de regarder maintenant. Je ne peux pas dire que je me sente sereine, mais je peux la regarder. »

Un an durant, les femmes se réunissaient régulièrement, puis chacune reprenait son chemin. David Spiegel compara d’abord l’état psychologique des participantes avec celui de patientes caractérisées par les mêmes diagnostics et recevant les mêmes traitements médicaux. Les femmes qui avaient appris grâce au groupe de soutien à faire face à leur peur, à exprimer leurs émotions intimes et à vivre les relations de façon plus authentique étaient moins sujettes à la dépression, à l’anxiété et même à la douleur physique1314. Une fois libérées de leur sentiment d’impuissance, tout leur état émotionnel s’amé­liorait. C’est exactement ce à quoi David Spiegel s’attendait. Mais il n’aurait jamais osé imaginer un effet possible sur l’évolution de la maladie, et encore moins sur les chances de survie. Spiegel était même persuadé du contraire : qu’il n’y avait aucun lien entre l’état mental et la progression du cancer. Il était très remonté contre ceux qui attribuaient le cancer à des conflits psychiques, parce qu’ils donnaient aux malades le sentiment pénible que c’était en partie leur faute ! Pour prouver une fois pour toutes qu’ils avaient tort, il cherchait à montrer que les femmes qui avaient participé au groupe de soutien et dont le mental s’était nettement amélioré n’avaient pas vécu plus longtemps que celles du groupe témoin. Mais en épluchant les dossiers, une surprise majeure l’attendait.

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D’abord, quand il appela les familles, trois des participantes (sur 50) répondirent elles-mêmes au téléphone, dix ans après l’annonce de leur maladie ! Étant donné la gravité de leur état, c’était tout simplement incroyable. Pas une seule des femmes du groupe témoin (36) n’avait survécu si longtemps. Ensuite, en questionnant les familles sur la durée de la survie de ces personnes, il dut constater que les femmes du groupe de soutien avaient survécu deux fois plus longtemps que les autres. On pouvait même noter une différence entre celles qui étaient venues régulièrement et celles qui n’avaient participé que de façon épisodique. Plus elles avaient été assidues, plus longtemps elles avaient vécu. Publiés à grand bruit dans le Lancet, ces résultats prirent à contre-pied tout Y establishment médical mondial15. Le docteur Troy Thompson, professeur de psychiatrie au Jefferson Médical College de Philadelphie, résume ainsi l’état d’esprit qui régnait à l’époque : « J’aurais parié le montant de mon emprunt immobilier qu’on n’obtien­drait jamais ce type de résultats. » Grâce à cette étude, le lien entre l’état mental et l’évolution de la maladie passa soudain du statut de concept new âge un peu farfelu à celui d’une hypothèse scientifique parfaitement respectable.

David Spiegel est aujourd’hui directeur associé du dépar­tement de psychiatrie de l’université de Stanford et un des psychiatres universitaires les plus reconnus aux États-Unis. Quand on lui demandait il y a quinze ans d’expliquer en termes simples ce résultat si surprenant au premier abord, il répondait : « Les sentiments et les émotions que l’on n’ex­prime pas deviennent un obstacle intérieur. En nous évertuant à les maintenir en dehors de notre conscience, nous démulti­plions souvent le stress qui leur a donné naissance et nous puisons dans certaines ressources psychiques qui sont encore très mal connues. Le fait de les accepter et de les exprimer permet de ne plus gaspiller ces ressources. Comment cela se traduit-il dans la façon dont le corps se bat contre la maladie ? C’est encore un mystère. Mais j’ai acquis la conviction que c’est bien ainsi que les choses se passent et nous commençons à comprendre les mécanismes. »

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