Les frères siamois meurent-ils au même instant?

> > Les frères siamois meurent-ils au même instant? ; écrit le: 25 février 2013 par imen modifié le 16 février 2019

La question remonte à la mort des deux plus célèbres siamois de l’histoire, les frères Bunker. Nés en Thaïlande – au Siam – en 1811, Chang et Eng étaient reliés au niveau du sternum par un important morceau de carti­lage (13 x 20 cm). Le foie était le seul organe qu’ils avaient en commun. Découverts en 1829 par un organi­sateur britannique de foires aux monstres, ils acquirent une célébrité telle qu’elle leur permit, à la fin de leur contrat, de s’installer en 1839 dans une petite ville de Caroline du Nord (États-Unis). Assez riches pour devenir planteurs, ils se marièrent à deux sœurs, et eurent chacun dix enfants, dans une Amérique pourtant si pudibonde!

Les deux frères avaient des caractères très différents. Chang, expansif et buveur, avait une hygiène de vie déplo­rable. Eng, à l’inverse, était un modèle de tempérance et de calme. Il reprochait souvent à son frère son addiction à l’alcool. Dans la nuit du 17 janvier 1874, Chang, en mau­vaise santé depuis des années, mourut dans son sommeil des suites d’une banale bronchite. Son frère le découvrit

à son réveil. Pris de panique, il transpira, son cœur s’emballa, il hurla comme s’il voulait s’arracher au corps de son frère qui était aussi le sien. Il s’évanouit puis s’effondra physiologiquement. Son épouse le découvrit dans le coma et, une à trois heures plus tard environ, selon les témoignages, Eng Bunker mourut à son tour. L’autopsie révéla qu’il n’avait pas succombé au même mal que son frère. Si les deux frères avaient vécu de nos jours, ils auraient sans doute pu être dissociés, puisqu’ils n’étaient pas reliés par le cœur ou le crâne, organes inséparables.

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C’est la peur qui, en vérité, fit mourir Eng. Partageant peu de tissus, lui et son frère avaient en conséquence des physiologies presque indépendantes. La mauvaise santé de Chang ne s’était donc pas transmise à Eng. Chez des sia­mois plus profondément reliés, en revanche, la mort de l’un affecte directement l’organisme de l’autre. Il faut alors les séparer, c’est-à-dire prendre le risque que le survivant trépasse sur la table d’opération. Puis il convient de sur­veiller patiemment le psychisme du rescapé. En effet, com­ment accepter qu’une moitié de soi ait disparu? La question fascine les psychologues depuis des lustres. Hélas, il existe peu de travaux menés sur les quelques sia­mois séparés avec succès par la chirurgie.

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