Anticancer, Danger et opportunité : Le miracle de la fragilité

> > Anticancer, Danger et opportunité : Le miracle de la fragilité ; écrit le: 2 juillet 2012 par azza modifié le 27 avril 2018

Je me souviens d’un de ces événements insignifiants qui nous plongent sans préavis dans l’expérience de la fragilité de la vie, et du miracle de la connexion avec les autres mortels, nos semblables. Ce fut une brève rencontre dans un parking, la veille de ma première opération, un épisode minuscule qu’un regard extérieur qualifierait d’anodin, mais qui reste marqué du sceau des révélations. J’étais arrivé à New York en voiture avec Anna, et je m’étais garé dans le parking de l’hô­pital. J’étais là à prendre l’air pendant mes dernières minutes de liberté précédant l’admission, les tests, le bloc, l’opé­ration… J’aperçois une dame âgée qui sort visiblement d’un séjour hospitalier, seule, sans aide. Chargée d’un sac, elle se déplace avec des béquilles et n’arrive pas à monter dans sa voiture. Je la fixe, étonné qu’on puisse la laisser partir dans cet état. Elle me remarque, et je vois dans son regard qu’elle n’attend rien de moi. Rien. Nous sommes à New York, c’est chacun pour soi. Je me suis senti alors poussé vers elle par un élan d’une force surprenante, un élan issu de ma condition de malade. Ce n’était pas de la compassion, c’était une fraternité quasi viscérale : je me sentais infiniment proche, du même moule que cette femme qui avait besoin d’aide et n’en demandait pas. J’ai mis son sac dans le coffre, j’ai pris le volant pour sortir sa voiture du créneau, je l’ai soutenue pendant qu’elle s’installait sur son siège, j’ai refermé sa por­tière en lui souriant. Pendant ces quelques minutes, elle n’avait pas été seule. J’étais heureux de pouvoir lui rendre ce minuscule service. En fait, c’était elle qui me rendait service en ayant besoin de moi précisément à ce moment-là, en me permettant de sentir ma communauté de condition humaine. Elle m’a offert cela, et je le lui ai offert en retour. Je revois encore ses yeux dans lesquels j’avais éveillé une sorte de confiance dans les êtres et les choses, l’idée que la vie était formidable d’avoir mis sur son chemin ce soutien inespéré. Nous avons à peine échangé quelques mots, mais je suis per­suadé qu’elle a eu, comme moi, la certitude d’une concordance particulière. Cette rencontre m’a réchauffé le cœur. Nous, les êtres fragiles, nous pouvions nous soutenir les uns les autres, et nous sourire. Je suis entré en chirurgie en paix.

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