Notre corps : L'art de la chatouille
On ne peut pas se chatouiller soi-même parce que le cerveau prévoit les sensations produites par nos propres mouvements et en atténue l’effet. L’art de la chatouille repose donc sur la surprise : une chatouille n’agit pleinement que si elle vient d’un autre, dont on ne peut pas prévoir exactement le geste.
Pourquoi ne peut-on pas se chatouiller soi-même ?
Lorsque nous faisons un mouvement, le cerveau en produit une copie interne et calcule à l’avance les sensations qui vont en résulter. Quand la sensation réelle correspond à la prédiction, elle est atténuée. C’est ce mécanisme qui nous évite d’être sans cesse surpris par nos propres gestes, par exemple par le contact de notre main sur notre bras.
Des chercheurs de l’University College London, dont Sarah-Jayne Blakemore, Daniel Wolpert et Chris Frith, ont étudié ce phénomène à la fin des années 1990. Leurs expériences d’imagerie cérébrale ont montré que le cervelet joue un rôle central dans cette prédiction. Elles ont aussi montré un fait curieux : lorsqu’un robot, actionné par la personne elle-même, introduit un léger décalage dans le temps ou dans la direction du mouvement, la sensation redevient plus chatouilleuse. Plus le geste est imprévisible, plus la chatouille est efficace.
Deux sortes de chatouilles
Les chercheurs distinguent depuis la fin du XIXe siècle deux phénomènes :
- la knismésis, chatouille légère provoquée par un effleurement, comme un insecte qui marche sur la peau ; elle provoque une démangeaison ou un frisson, mais rarement le rire ;
- la gargalésis, chatouille appuyée et répétée sur des zones sensibles, qui déclenche le rire et des mouvements de défense.
Les zones les plus sensibles sont généralement les côtes, les aisselles, le cou et la plante des pieds, mais la sensibilité varie beaucoup d’une personne à l’autre.
Rire sans s’amuser
Le rire provoqué par les chatouilles n’est pas forcément un signe de plaisir. Beaucoup de personnes rient tout en trouvant l’expérience désagréable, et cherchent à s’y soustraire. Ce rire est en grande partie réflexe : il s’accompagne de réactions de défense, comme se recroqueviller ou repousser la main de l’autre.
Le contexte compte beaucoup. Le contact physique, la perte de contrôle et l’appréhension (cela va-t-il chatouiller ou faire mal ?) créent un état de tension qui renforce la réaction. À l’inverse, la confiance envers celui qui chatouille et le cadre du jeu, entre un parent et un jeune enfant par exemple, font de la chatouille un moment de complicité.
À quoi servent les chatouilles ?
La fonction des chatouilles reste débattue. Plusieurs hypothèses sont avancées : elles pourraient contribuer au lien social et au jeu entre proches, aider l’enfant à apprendre à protéger les parties vulnérables de son corps, ou encore entraîner les réflexes de défense. Des comportements comparables, accompagnés de vocalisations, ont été observés chez les grands singes lors des jeux de chatouille.
Un point fait consensus : les chatouilles ne sont agréables que si elles restent un jeu accepté. Quand la personne demande d’arrêter, il faut arrêter.




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