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évolution d'une épidémie

> > évolution d'une épidémie ; écrit le: 7 mars 2012 par admin

Le tabac fut d’abord en usage pendant plusieurs décennies en Espagne et au Portugal, puis il gagna la France et a partir de ces pays, en moins d’un siecle, son usage s’etendit comme une traînée de poudre a toute l’Europe, a l’Afrique, a la Russie, aux Indes orientales jusqu’au Japon. Cette extension explosive se produisit a une époque ou il n’y avait ni publicité, ni moyens de transport rapide: elle traduit donc une très forte attirance pour le produit. Des 1623, le grand savant et philosophe Sir Francis Bacon écrivait ces termes prophétiques: «L’usage du tabac s’etend beaucoup, il conquiert les hommes grâce a un certain plaisir secret tel, que ceux qui en ont pris l’ habitude peuvent difficilement se res- treindre ensuite.»

Toute société qui a goûte au tabac Fa ensuite consomme avec avidité et sous toutes les formes: chique, prise, pipe, cigare, cigarette, cigarillo… il n’y a pas eu d’exception a cette régie depuis Christophe Colomb.

Quelles sont les propriétés attirantes, miraculeuses, qui justifient cet engouement irrésistible? «Cette plante réjouissait l’esprit, dissipait les chagrins, tel que ceux qui n’en avaient jamais pris auparavant, en deux ou trois jours se faisaient une habitude si forte qu’ils se réveillaient la nuit pour en prendre, qu’ils en prenaient en mangeant, en conversant, en priant5.»

Au xvne siècle, le tabac était consomme de diverses manières: la chique, c’est-a-dire le tabac a mâcher, était utilisée principalement dans les milieux pauvres et par les navigateurs; le plus souvent le tabac était fume et la pipe connut alors un développement extraordinaire sous des aspects extrêmement divers, de plus en plus sophistiques, avec une recherche artistique, aboutissant a de véritables oeuvres d’art. En Angleterre, les aristocrates et la bourgeoisie organisaient des « Smoking Parties »; il est par ailleurs décrit que dans ce pays, les enfants partaient a l’ecole avec une pipe en guise de petit déjeuner et qu’ils apprenaient a la fumer lors des recréations avec les maîtres.
En France, au xvnr siècle se développa une nouvelle forme d’utilisation, la prise nasale, qui devint un privilège, car le tabac était une denrée coûteuse, a la mode dans l’aristocratie et la haute bourgeoisie, également chez la femme; ce tabac a priser était place dans des tabatières, dont certaines très décorées, sous forme de merveilleuses miniatures constituaient de véritables bijoux; ceci se traduisit aussi par des chansons populaires comme celle de: «J’ai du bon tabac dans ma tabatiere…»
Ainsi le tabac fit fureur; cette extension très rapide et sa très large utilisation dans toutes les couches de la société n’allerent pas cependant sans certaines réactions isolées, mais parfois particulièrement intenses.

Le pape Urbain VIII, pour remedier a cet abus, courant
pendant les messes, fut oblige de publier une bulle par laquelle il excommuniait tous ceux qui consommaient du tabac dans les églises.
Le roi d’Angleterre Jacques Ier, qui n’aimait pas fumer car cela le faisait tousser, avait horreur de cette odeur; c’est pourquoi il partit en lutte contre « cette déplorable habitude, désagréable au nez et désastreuse pour les poumons». En 1618, il condamna et fit décapiter Sir Walter Raleigh, en partie parce qu’il avait impose la mode de la pipe a la cour d’An-gleterre et avait introduit le tabac de Virginie dans le pays; le malheureux continua a fumer jusqu’au moment ou sa tête fut sur le billot.
En Perse, le Shah Abbas Ier coupait le nez, la langue ou les lèvres aux consommateurs de tabac.

A Constantinople, cette habitude étant contraire aux principes du Coran, un sultan exécutait les fumeurs en leur offrant le choix entre la pendaison, la pipe a la bouche ou le bucher compose de feuilles de tabac.

Toutes ces mesures répressives, malgré leur violence, n’eurent aucun effet et, a cette époque, la préoccupation de sante n’apparaissait pas; la principale inquiétude initiale était l’extension de la culture de la plante au détriment des autres cultures. Très rapidement, les gouvernants comprirent tout l’interet qu’ils pourraient tirer de la vente du tabac, qui devint une source de revenus pour les finances des états. il y eut tout d’abord, pendant le premier siècle après sa découverte, une phase de libéralisme et la culture de la plante se deve- loppa très rapidement dans les colonies françaises antillaises, Martinique, Guadeloupe, Saint-Christophe et assura la pros-perity de ces lies. Des 1621, Richelieu instaura des taxes sur le tabac; quelques années plus tard, en 1674, Colbert créa le monopole de la vente et de sa fabrication, et en 1681, une ordonnance réglementa et limita la culture; il afferma ensuite le commerce, d’abord a un particulier, puis ensuite a la Com- pagnie des Indes. Un siècle plus tard, quelques années avant
la Révolution, les taxes sur le tabac rapportaient annuelle- ment 27 millions de livres et Necker pouvait écrire de façon très actuelle que ces taxes etaient« une des plus belles inventions fiscales »!

Ce monopole fut aboli par la Convention en 1791 et reta- bli en 1810 par Napoleon Ier: conscient de l’interet financier de la fabrication du tabac, il créa une régie d’Etat pour exploiter ce monopole et fonda la Regie française des Tabacs, placée sous la gestion directe du ministère des Finances; en 1926, l’exploitation fut confiée a un établissement public a caractère industriel et commercial, qui devint en 1935, le Service d’Exploitation industrielle du Tabac et des Allumettes, le SEITA. En 1960, il fut transforme en établissement public autonome, la SEITA; puis en 1970, le tabac s’est ouvert au marche commun avec la suppression des barrières douanières; mais le monopole de l’Etat reste absolu: taxes sur les ventes au détail, inventaire des plantations, permis de culture, importation des produits étrangers. En janvier 1995, la SEITA a ete privatisée. Bien entendu, les taxes persistent et augmentent même progressivement; les ressources atteignent en 1999 en France 60 milliards de francs par an. La SEITA emploie actuellement environ 6 300 salaries et compte 35 000 points de vente. Elle vient tout récemment de fusionner avec la firme espagnole Tabacalera.

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