Le phénomène de l’urgence

> > Le phénomène de l’urgence ; écrit le: 18 avril 2012 par Sameh

L’urgence est vieille comme le monde vivant. Ce phénomène vécu naît avec la sensation d’une menace, qui fait événement, surtout lorsqu’elle met en péril la continuation de la vie. De tout temps, l’homme a connu cette manière d’être qui rompt le rythme de la vie dans l’habitude. Les événements capables d’induire le sentiment d’urgence sont très nombreux. Dans sa forme la plus banale, ce n’est pas la continuation de la vie qui est en jeu, mais simplement sa programmation : plusieurs des participants à cette conférence, conscients qu’elle débuterait à l’heure dite, se sont hâtés en chemin. Le sentiment de l’urgence, généré par la crainte d’un retard, venait de les saisir. Heureusement, les introductions ont été inventées par les conférenciers pour permettre un arrangement avec les menus tracas que chacun connaît avec le temps.
L’urgence en médecine est un événement plus grave. Elle traduit la survenue d’un déséquilibre brutal que connaît l’être humain, en son sein ou dans la relation qu’il établit avec son environnement. Si une réaction n’est pas alors vivement engagée à son bénéfice, il peut en résulter, selon le cas, un déficit fonctionnel définitif ou la mort. La médecine de l’urgence est la forme que prend cette réaction. Son efficacité n’est plus à démontrer. Elle est même sans doute une des médecines les plus efficaces : l’appendicite aiguë ne fait plus de ravages, la gangrène ne menace plus si gravement en cas de plaie, l’œdème aigu du poumon ou la crise d’asthme ont trouvé des solutions grâce aux progrès des thérapeutiques médicamenteuses.
Pourquoi, dès lors, parler de médecine de demain ou de thérapie du futur à propos de l’urgence ? La raison en est que l’urgence a beaucoup à voir avec le futur, aussi avec les progrès de la médecine. Le passé l’a démontré : les catastrophes sanitaires individuelles ou collectives ont été la source de grandes nouveautés, par exemple, l’amputation, l’ambulance, les corps de pompiers, la chirurgie vasculaire. Les motifs en sont profonds : l’urgence médicale, par la nécessité impérieuse qu’elle constitue et par la pression temporelle qui l’accompagne, est un puissant moteur de l’innovation et du progrès technique. Elle contraint et, en même temps, libère les imaginations. Celui qui dit « c’est urgent » oblige. Il dit en fait « c’est normal ». Il mobilise aussitôt, non seulement tous les moyens de réaction qu’une société peut mettre en place, mais aussi toutes les réserves d’inventivité, car la réaction urgente fait feu de tout bois.
Dans le monde de la santé, les urgences occupent ainsi de façon croissante l’espace des mots, le monde de l’hôpital (les Urgences autrefois cantonnées en un coin de l’hôpital en sont devenues un des pivots, autour duquel s’organise la vie du monde hospitalier, en un aval des Urgences, puis en un aval de l’aval des Urgences), et le champ des métiers (permanencier, régulateur, coordinateur, urgentiste). Les progrès des techniques de l’information et de la communication et la prégnance de la mesure du temps sont au cœur de cette évolution. Ainsi, l’essor des biotechnologies ne se limite pas à la mise en culture de cellules vivantes dans de petits pots : la médecine de l’urgence réalise ce mariage du « bio » et du « techno », de la vie qui cherche, sinon à se développer, du moins à se maintenir, et des techniques que l’homme invente sans cesse dans ce but.

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