Expansion de la consomation d’amphétamine

> > Expansion de la consomation d’amphétamine ; écrit le: 26 mai 2012 par Samouha

Le succès du nouveau médicament, l’éventail toujours plus large « le ses utilisations médicales, les commentaires souvent élogieux, par­fois jusqu’au dithyrambe, des médecins, convaincront PAmerican Médical Association (AMA) de sa valeur thérapeutique. C’est ainsi que, après avoir réalisé, en 1937, un rapport sur l’utilisation du pro­duit, l’association approuvera l’introduction sur le marché d’une for­mule en comprimé. Le rapport reconnaît l’efficacité de l’amphéta­mine dans le traitement de la narcolepsie et de certaines dépressions. La Bcnzédrine poursuit ainsi sa marche triomphale. Et, en 1938, le directeur commercial de la société Smith, Kline & French déclare :

Il y a près de dix ans, notre groupe de recherche commença à étudier les propriétés thérapeutiques de la Benzédrine. Trois ans plus tard, après une série de travaux pharmacologiques, le composé fut introduit sur le marché sous la forme du désormais célèbre inhalateur de Benzé­drine. Aujourd’hui, plus de 10 millions de ces inhalateurs ont été ven­dus : chiffre atteint, soulignons-le, sans autre publicité que la distribu­tion auprès des médecins et qui démontre à lui seul que le produit a gagné la confiance de ces derniers comme ce sera le cas de la nouvelle forme galénique [les comprimés] sous laquelle nous le proposerons bientôt.

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Ce ne sont pas là simplement les forfanteries d’un directeur satis­fait. Le produit a elfectivement connu très vite un remarquable suc­cès. Il n’en est encore, à l’époque, qu’aux tout premiers pas de sa car­rière pharmaceutique, mais il est déjà un des plus éclatants succès de la commercialisation de produits pharmaceutiques.

Mais l’AMA tient aussi à rappeler que seules des personnes sous stricte surveillance médicale devraient être autorisées à utiliser le pro­duit et que lorsque le but est de « produire le sentiment d’énergie accrue et d’exaltation » (reconnaissance, donc — déjà -, de l’usage des amphétamines à des fins d’accroissement des performances), une sur­veillance médicale est indispensable. Ce rapport conduira, en 1939, à retirer la Benzédrine de la vente libre. A partir de cette date, le pro­duit ne peut être obtenu que sur ordonnance (en France, les amphé­tamines resteront en vente libre jusqu’en 1955). La réglementation ne s’applique pas hors du territoire américain. Ainsi, on trouvera encore, dans les années 1950, sur les vols internationaux de la compagnie américaine Pan Am, des « Benzédrine inhalers », censés rendre les changements d’altitude moins inconfortables.

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On remarquera donc très vite (et on écrira) que l’amphétamine communique une énergie accrue et qu’elle confère un style combatif à la façon d’être. Sous son influence, les projets deviennent plus rapides, plus vigoureux, plus toniques, plus décidés. L’utilisateur s’at­telle soudain à ses tâches habituelles avec vigueur et détermination. Surtout, les limites de sa fatigue sont repoussées. Il peut continuer son travail pendant de longues heures sans faiblir, sans se déconcen­trer et, s’il était fatigué, retrouver rapidement vitalité et pétulance. Il y a, qui parle dans cette substance, une sorte d’esprit qui séduit et envoûte. Dionysos semble se cacher dans la structure de cette molécule.

Voici une description des effets de l’amphétamine, telle qu’on la trouvera encore quelques années plus tard, à une époque où apparaisent nettement, après les habituels éloges, certaines réserves, cer­taines mises en garde (1966)’ :

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Les effets de stimulation sont habituellement perçus comme une aug­mentation d’énergie et de confiance en soi et comme une capacité plus grande à prendre rapidement des décisions ; ils sont généralement accompagnés d’un sentiment de bien-être et même d’euphorie. Cet effet est utilisé à des fins thérapeutiques dans le traitement de certaines dépressions, mais c’est aussi le fondement d’un mésusage de ces drogues, par des personnes à la recherche de sensations fortes.

C’est un fait que l’utilisateur d’amphétamines fera, bien souvent, des remarques semblables à celles de Sherlock Holmes au sujet de la km aine: «Je la trouve si transcendentalement claire», etc. D’ailleurs, on a très vite remarqué, comme nous l’indiquions plus haut, la grande similitude entre le profil pharmacologique de la cocaïne et celui de l’amphétamine. Et c’est la raison pour laquelle certaines notion tirées de l’observation des effets de la cocaïne seront reprises, presque sans changements, pour être appliquées aux amphétamines. Similitude qui ne fera, du reste, que se confirmer dans les études bio­logiques et physiologiques qui leur seront consacrées: bien que la structure des deux molécules soit très différente, l’élucidation de leur mode d’action démontrera qu’elles produisent toutes deux des effets cérébraux similaires.

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Mais, si la cocaïne est, à l’époque où les amphétamines commencent à attirer l’attention, déjà une substance contrôlée et dont l’usage médical a entièrement disparu, l’amphétamine, au contraire, se voit reconnaître, et sans cesse confirmer au fil des études publiées, une valeur thérapeutique. A cette époque, et au moins jusque dans les années 1950, la cocaïne est une drogue, tandis que l’amphétamine est mm médicament.

La notion de drogue ne peut nulle part mieux que dans ces flotte­ments conceptuels révéler son caractère politique. D’ailleurs, à chaque

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fois qu’on tentera de définir de façon précise ce qu’est une drogue, on retrouvera cette problématique. En témoigne, par exemple, le rapport réalisé par le Comité consultatif national d’éthique en France (CCNE) en 1994:

Il   résulte de la lecture [des classifications des drogues], une certaine incohérence due en partie à l’ambiguïté du mot « drogue » lui-même.

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Ce terme désignait initialement les substances utilisées en préparation pharmaceutique dans un but thérapeutique. Il est utilisé maintenant au sens de substance agissant sur le système nerveux central et dont l’usage ] abusif provoque des perturbations graves physiques et mentales ainsi | qu’un état de tolérance et de dépendance. Dans le langage courant ce ? mot est réservé aux substances dont l’usage est prohibé (héroïne, cocaïne, haschisch…). Sous le même terme est ainsi désignée une subs­tance qui peut avoir, soit un effet bénéfique, soit entraîner une ‘ dépendance ou une toxicité.   ¡3

Dans les années 1930, les amphétamines sont des substances dont la puissance fascine et n’inquiète pas encore. Psychologues, médecins et philosophes, intrigués par les possibilités que semble contenir la substance, lui consacrent des travaux, des articles, des commentaires, I des analyses. Les amphétamines, peut-on lire dans ces articles, procurent une sensation de bien-être (feeling of well-being). Les performances physiques sont améliorées. L’utilisateur se sent plus éveillé et tonique. ! L’humeur est également stimulée, les initiatives sont rendues plus 1 joyeuses. La personne s’engage dans l’action avec détermination et ; énergie. Ses hésitations, ses scrupules, ses faiblesses sont suspendus.

Avant de poursuivre l’examen de ces substances, nous allons nous mettre à la recherche d’une description plus exacte de ces effets. Pareille description, où la trouverons-nous ? Chez les utilisateurs eux- mêmes, bien sûr. Les consommateurs d’amphétamines ont, tantôt par goût personnel, tantôt parce qu’il y étaient incités par des proches ou des médecins, produit une abondante littérature relatant les effets des amphétamines qu’ils avaient absorbées. C’est cette littérature que nous allons examiner.

Vidéo : Expansion de la consomation d’amphétamine

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